Formation - 9 juillet 2019

fr - Un appel à la cohérence

L’Esprit d’Assise


Quand Jean-Paul II a lancé l’idée d’une rencontre inter-religieuse en 1986, c’est assez naturellement à Assise que l’entreprise pris chair. Peut-être aussi parce que, dans les tous premiers mois de son ministère, il s’était lui- même rendu dans ce lieu pour nommer saint François nouveau « patron céleste des écologistes ». Une intuition étonnante et prophétique. Ainsi, plusieurs décennies plus tard, au fil des sommets internationaux abordant les enjeux du dérèglement climatique ou les objectifs de développement des pays les plus pauvres, la mobilisation des croyants de toutes confessions n’a cessé de croître.

Alors que la société civile et les mouvements internationaux, dont les mouvements altermondialistes, se mobilisent pour contester les effets pervers de la mondialisation économique, les traditions religieuses se retrouvent non pour mieux se connaître d’abord mais pour partager un souci commun et universel. Leur prière n’est pas désincarnée : elle reprend à son compte les cris des populations autochtones ou pauvres qui, à travers le monde, sont souvent les premières à subir les contraintes de l’exploitation massive des ressources naturelles en tout genre. Elle dénonce aussi la violence qui est entretenue quand les conflits armés dans le monde sont aussi des prétextes pour accéder aux énergies fossiles ou aux ressources minières.

Dans ces mobilisations citoyennes, il n’est pas rare de voir désormais moines bouddhistes et prêtres catholiques résister à des projets pharaoniques et destructeurs de l’environnement (cf. Jegu en Corée du Sud). Il n’est pas rare de voir des religieuses américaines et des autochtones indiens du Canada résister ensemble contre l’exploitation des sables bitumineux nord-américains (cf. Pipeline Keystone).

Mais, plus largement encore que les luttes sociales locales – pourtant nombreuses et cruciales −, la mobilisation vient aussi d’une prise de conscience plus large : celle d’un décrochage moderne dans nos vies entre le confort enviable d’une existence matériellement épanouie et la perte profonde de notre rapport à la terre, aux saisons, aux êtres vivants, aux biens communs de la planète. Quand les fondamentaux de la vie tels que l’eau, l’air, les sols, la nourriture sont menacés par la pollution de nos usines ou la corruption des décideurs, il ne faut pas s’étonner que des résistances émergent, que des évolutions s’opèrent en profondeur.


Le réveil de la société civile en Chine pour défendre un environnement plus sain face aux grandes pollutions industrielles en est un bel exemple. Un pays où le culte matérialiste ambiant fait naître aussi une nouvelle soif spirituelle dans les générations montantes. Les récits de certains « convertis » au christianisme ou au bouddhisme montrent ainsi que leur chemin est aussi celui d’un retour à une cohérence intérieure plus grande et donc à une présence plus assumée au beau mystère de ce monde naturel qui nous accueille.

Un appel à la cohérence


Les représentants de nombreuses traditions spirituelles (en tout cas, les plus ouverts d’entre eux) ont compris que l’enracinement individuel et collectif dans la grâce de ce monde, dans la contemplation de ses grands équilibres et dans la sagesse d’une vie mesurée et respectueuse, est en train de devenir un préalable à tout discours ultérieur sur le sens de cette vie et du chemin que nous avons à y parcourir.

La terre défigurée et blessée que nous côtoyons – en travail d’enfantement, expliquait saint Paul (Rom 8) − rappelle à chacun que si nous voulons prendre soin de nos vies intérieures, nous ne pouvons plus le faire à travers des postures dualistes simplistes. C’est bien la chair de ce monde qui est appelée à accueillir la lumière de la Résurrection du Christ. De quoi avoir envie de la préserver, de la garder et de la soigner, comme une épouse parée pour son époux.

Dominique Lang, aa

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