Témoignages - 7 mars 2018

fr - Maison Orleans : Faire l’expérience du dialogue pour vivre ensemble


Depuis les premiers moments de la fondation de la Maison Orléans par des personnes de divers milieux sociaux en quête de sens, la prise de parole s’est avéré le tout premier pas vers la découverte de soi et la découverte des autres Dès les premières rencontres le mot dialogue est devenu une des clefs du vivre ensemble dans notre Maison. Le dialogue est le cœur et la source de notre Maison et le ferment de notre raison d’être, puisqu’entrer à la Maison Orléans suppose un désir de rencontre souvent accompagné par une soif propre à chacun qui s’exprime dans un vouloir être, pas toujours bien identifiée, mais combien ressenti au plus profond de chaque personne accueillie. La « parole » devient le moyen de dire nos entraves, pour libérer ce que nous sommes. Et pour ce faire, nous avons besoin de vivre pleinement le moment déclencheur provoqué par la rencontre de l’autre.


Nous admettons facilement qu’entrer en dialogue avec nous-mêmes et les autres n’est pas une démarche facile. Nous avons donc un grand intérêt à chercher à comprendre ce qui nous cloisonne nous-mêmes et qui dresse les frontières qui nous isolent des autres. Si fondamentalement nous sommes des êtres de relation, ce besoin d’être en communion avec l’autre est accompagné par ce qui nous a construits et qui a forgé notre capacité d’« être » en relation. Ayant tous eu des expériences diverses qui nous ont marqués positivement ou négativement, nous naviguons entre ouverture et fermeture, bonne foi et mauvaise foi, à des degrés différents, selon notre histoire personnelle et collective (familiale, sociale, religieuse, culturelle, etc.) mais aussi selon les messages qui nous sont envoyés et le regard les autres portent sur nous-mêmes. Il est très important de le reconnaître si l’on ne veut pas bâtir nos relations et notre vie sur des sables mouvants.


« Pourtant et malgré les difficultés, les craintes et la peur, parfois même les dangers du dialogue, la rencontre de l’autre est chose essentielle pour notre croissance personnelle et collective, nécessaire pour préserver l’intégrité de la personne ou du groupe. Quand la place de l’un est niée (in)volontairement (in)consciemment (in) formellement, le dialogue, la rencontre restent indispensables. La parole qui permet la rencontre reste au cœur de la fertilité de l’humain et un trésor pour notre humanité. Le dialogue constitue la seule porte de sortie durable face aux réalités de domination voire, de négation, de l’une des deux parties.


 » La Maison Orléans à toujours démontrer concrètement que le dialogue est possible et que les différences sont une richesse incalculable pour notre société et notre monde. Quand nous arrivons à la Maison Orléans, nous ne savons pas trop ce qui nous attend, mais nous faisons vite l’expérience par un accueil inconditionnel d’une fraternité possible aux couleurs infinies des autres qui nous attendent.


Roger Malenfant 


Choisir la Vie


Cela fait deux ans que je participe à des rencontres mensuelles entre hommes judiciarisés et bénévoles d’un organisme de mon quartier, l’atelier « Dessine-moi un espoir » de la Maison Orléans (avec une douzaine de personnes environ).


Je fais partie d’autres groupes, mais celui-ci est celui qui me « bouscule » le plus et me transforme sur le chemin de mon humanité et de ma spiritualité.


Une fois par mois, nous nous retrouvons autour d’un texte que nous avons reçu le mois précédent. Chaque personne qui le désire fait mention de ce qui l’a rejointe dans ce texte, ou ce qui l’a dérangée, ou habitée. (les textes abordent différents thèmes : l’authenticité, la liberté, l’espérance, la prise de parole, la connaissance de soi, etc …).


Parfois, un détenu qui vient pour la première fois ne prendra pas la parole, ni même la fois suivante. Et un jour, il se met à parler, à se dire, à s’ouvrir.


Pourquoi ? À cause du climat de confiance qui se vit autour de la table. Parfois de la tristesse, parfois des pleurs, mais aussi beaucoup de joie, beaucoup de chaleur, d’amitié, de soutien, voire de tendresse. Les cœurs s’ouvrent, l’espérance renaît. Nous sommes devenues des frères et des sœurs embarquées sur le même bateau de la vie, rêvant tous d’arriver à bon port, ensemble, avec ceux qui en arrachent comme avec ceux qui l’ont eu plus facile, chacune avec ses forces et ses faiblesses, sans masques, sans barrières, convaincues que la vie est plus forte que la mort.


Certains arrivent à leur libération, et désirent continuer la démarche avec le groupe. Pourquoi ? Parce qu’ils savent qu’ils seront toujours accueillis (sans étiquettes) et aimés.


Parfois j’arrive aux rencontres fatiguée de la journée, mais après avoir chanté et partagé, j’en ressors énergisée. Quand j’entends certains témoignages de détenus qui ne l’ont pas eu facile, je me dis qu’à leur place j’aurais peut-être posé des gestes encore pires.


Quand je vois toutes les étapes qu’ils ont eu à franchir, je salue leur courage et leur force, et quand durant le mois j’ai à faire face à certaines difficultés, je m’appuie sur leur courage et je passe à travers. C’est ce qu’on appelle, dans ma spiritualité, « la communion des saints » !


Oui, ce groupe m’aide à vivre de façon plus authentique, dans la simplicité, le respect et l’amour.


Yveline Ghariani