Formation - 5 juin 2019

fr - L’hospitalité à Madagascar

Chez nous, il y a 18 ethnies et chacune a sa manière propre d’accueillir, chacune à une hospitalité singulière ; mais il y a cependant une manière commune de vivre l’hospitalité à Madagascar.


Je parlerais donc plus de l’hospitalité betsileo malagasy.


A l’entrée de la maison (qui est souvent une seule pièce), je me baisse en signe d’humilité, devant l’accueillante ; et également si je dois passer devant les autres, qui sont déjà là. Je donne la main à l’accueillante et à toutes.

C’est moi, la personne qui arrive qui dit bonjour en premier avant celle qui m’accueille. La personne qui m’accueille me fait assoir, en me montrant l’endroit où je suis invitée à m’assoir, elle veille à me respecter : le plus souvent c’est une chaise ou un petit tabouret. Même s’il y a la natte à terre, où les personnes de la maison ont l’habitude de s’assoir ; l’accueillante peut y rester assise, mais elle veille à me proposer un siège pour que je sois bien. L’accueillante me demande la bonne nouvelle : « Quoi de neuf ? » (Inona ny vaovao ?). Je réponds en lui annonçant la nouvelle qui n’est pas nécessairement la raison pour laquelle je viens.


Après je prends le temps pour dire la raison de ma visite et à ce moment-là il y a l’écoute respectueuse de l’accueillante.


Pendant ce temps, même si je n’ai pas fini notre conversation concernant la raison pour laquelle je rends visite, l’accueillante m’offre quelque chose. Il peut y avoir des mets qu’elle a préparés ou qui sont dans la maison ; ou alors, elle peut commencer à préparer au moment même : café, riz, manioc, etc. …A ce moment-là, je lui dis : « Ce n’est pas la peine, ne vous dérangez pas, … » Mais de toute façon, l’accueillante offre quand même ce qu’elle a ; et même s’il n’y a pas, elle cherche par tous les moyens à me préparer quelque chose. Si elle ne trouve pas, elle s’excuse de ne pas m’offrir quelque chose. L’excuse fait partie de l’accueil, comme cela fait aussi partie de l’humilité. Offrir ou s’excuser, c’est le sens de l’humilité.

Comme cela vient de son cœur et de sa joie, je participe avec cœur et avec joie à cette offrande qui m’accueille. C’est un partage ensemble et même si j’ai déjà dit non, c’est un non qui s’ouvre toujours à un partage. C’est un échange de joie, la personne qui m’accueille est contente et moi, je suis aussi contente. Cela vient du cœur. Si c’est moi toute seule qui mange ; le principal, c’est l’échange et le pardon. Il y a un échange qui est aussi la joie de la famille ; il y a de la joie qui vient de l’accueil réciproque. Je continue la conversation en lien avec la raison pour laquelle je suis venue, tout en mangeant, ….


S’il y a d’autres personnes qui arrivent des environs (famille, amis, connaissances, étrangers, …), je continue la conversation pour que la personne ne sente pas exclue mais toujours accueillie et intégrée dans la relation : « Comme une seule famille ». Il y a des choses ouvertes pour tous et d’autres non ouvertes. Si je ne peux continuer le même sujet (choses fermées), je change automatiquement de sujet afin que la personne qui arrive se sente incluse. Si je ne peux pas attendre, l’accueillante et moi-même trouverons toujours du temps pour poursuivre d’une autre manière. L’autre s’excuse de nouveau, l’excuse permet de garder l’humilité et d’éviter toute brisure de la relation. La personne qui arrive en plus, l’accueillante l’invite tout de suite à faire partie du partage et donne le peu qu’elle a.


L’excuse est importante dans la relation pour ne pas couper celle-ci. Formule de délicatesse pour garder une relation ou pour la renouer. Ce n’est pas grave : « Tsy maninona », permet de garder toujours la relation. On ne se fâche pas mais on s’explique. Si on se fâche, c’est tout de suite le début de la violence.


A la fin de ma visite, je remercie beaucoup, non pour la nourriture, mais pour l’accueil qui m’a été offert dans le partage. Ensuite, je demande de partir car j’ai d’autres choses en disant à la personne : « mangataka ny lalana » Cela veut dire « demander le chemin ». Le fait de demander son chemin avant de partir est aussi une forme d’humilité. En partant comme à l’entrée, je revêts la même attitude d’humilité, en me penchant. C’est l’accueillante qui ouvre la porte. Si j’arrive le soir, celle qui m’accueille me propose le repas et éventuellement le « coucher », cela fait partie de l’accueil afin que la personne se sente comme chez elle. « Restez ici et demain vous partirez de bonne heure, le matin ». Après, je choisi ce qui est le meilleur pour moi, à ce moment-là.


Thérèse Vonjsoa, psa