Témoignages - 8 novembre 2018

fr - José à la Guerre de Kenge

Je m’appelle José X. Je vous remercie pour l’occasion que vous m’avez offerte pour témoigner les péripéties de la tragédie qui a entrainé ma fuite de ma ville natale de Kenge pour m’installer définitivement à Kinshasa. Il reste vrai, en République Démocratique du Congo, que plusieurs personnes ont vécu ce genre de désastres, et tout récemment, d’autres personnes les vivent en longueur de journée.


En effet, c’est en mai 1997 lors de la libération de la RDC par les troupes de l’Alliance Démocratique pour la libération du Congo, AFDL en sigle, que se sont déroulés ces événements macabres.


Kenge est la dernière ville située à 220 km de Kinshasa. Ce fut un dimanche vers 11h, où nous avons aperçu les colonnes des militaires qui circulaient à travers les rues, diffusant au moyen d’un microphone la nouvelle selon laquelle « ne fuyez pas… nous sommes des libérateurs, nous sommes venus vous sauver de la dictature de Mobutu ». 


Les citoyens de la ville ont accueilli ces prétendus libérateurs qui étaient en réalité les éléments des Forces Armées Zaïroises (FAZ) mais déguisés en troupe de l’AFDL.


Les premiers groupes de jeunes qui se sont approchés à ces militaires pour les accueillir ont été tous abattus à bout portant. Quand la nouvelle s’est rependue à travers la cité, certains jeunes ont commencé à fuir la ville. Moi, je suis décidé d’y rester encore pour surveiller nos chèvres. Malheureusement, les militaires de l’armée de Mobutu qui occupaient la ville avaient pris possession des églises, et curieusement, toutes les personnes qui entraient dans ces églises disparaissaient immédiatement, parce qu’elles furent abattues. 


Finalement, moi et ma mère avons décidé de fuir en empruntant le sentier qui mène de Kenge jusqu’à atteindre la route principale nationale n°2 plusieurs devant. Dans l’entretemps, au fur et à mesure qu’on avançait, on entendait les crépitements des armes légères, et quelques minutes plus tard quand nous avons franchi une dizaine de kilomètres dans la brousse, nous avons entendu les explosions des armes lourdes, les obusiers et chars de combat.


Heureusement pour nous, juste à la sortie de la route principale, nous avons rencontré un particulier qui à bord de sa jeep Land-Cruzer 4x4 qui a eu l’amabilité de nous transporter jusqu’à Kinshasa. Un an plus tard quand je suis rentré pour visiter ma ville, j’ai fait un malheureux constat de la disparition de mes amis du quartier, tous lâchement abattus.


Arrivés à Kinshasa, parce qu’il fallait vivre des moments difficiles, sans emplois ni moyens de subsistance, la vie de ma famille s’est compliquée, jusqu’au jour où j’ai décidé d’entreprendre les études universitaires. La fin de mes études a réconforté ma famille et je reste le témoin des atrocités de Kenge et les conséquences qui s’en sont suivies.


La guerre est une mauvaise expérience que d’aucuns ne peuvent supporter.