Information - 18 décembre 2018

fr - COP 24 : n’écoutons pas le serpent du doute

Par Aline Froncheblois, consultante en développement durable.


La COP 24 s’est achevée le samedi 15 Décembre en Pologne. La COP, Conférence des Parties, se réunit tous les ans sous l’égide de l’ONU. Les « Parties » en sont les 195 états du monde. En 2015, la COP a réussi la prouesse de la signature par tous de l’Accord de Paris, qui engage tous à faire un effort commun pour maintenir le réchauffement de l’atmosphère terrestre à moins de 2 ° C par rapport à la température de l’ère préindustrielle (1850). Mais voilà : depuis 2015, les émissions de gaz à effet de serre, qui devaient diminuer pour aller dans le sens de cet objectif, ont augmenté ! Elles doivent baisser très fort et très vite, comme vient de le rappeler un rapport alarmiste du GIEC, l’organisme qui regroupe les scientifiques mondiaux spécialistes du climat. Il nous faut engager dès maintenant des réformes drastiques de nos systèmes économiques pour réduire le gaspillage que nous faisons de l’énergie, et substituer les énergies fossiles par des énergies moins émettrices. Sous peine d’une modification rapide, catastrophique et irréversible de l’écosystème terrestre.
Qu’est ce qui est en jeu à la Cop ? Deux sujets principaux. Le premier, les engagements de trajectoire individuelle des pays pour réduire leurs émissions. Ils ne sont pas assez ambitieux, et la somme des feuilles de route de chaque pays aboutit à un réchauffement encore beaucoup trop dangereux. Le second, l’aide Nord/Sud. Si les pays du Sud s’industrialisent sur la base des énergies fossiles, la guerre contre le réchauffement climatique sera perdue. Mais les pays du Sud ont besoin d’investissements massifs pour construire leur économie sur un mode bas carbone : petites villes plutôt que mégalopoles, transports en communs plutôt que voitures, panneaux solaires plutôt que centrales à charbon, production et consommation locales plutôt qu’importations d’énergie et exportations de produits semi-finis, etc….Et les pays du Nord, eux-mêmes en crise financière et économique, ne sont pas individuellement en mesure de fournir les financements nécessaires, ni ne veulent collectivement réorganiser les systèmes économiques globaux- ou ne le peuvent, dans une économie largement dérégulée.
La Cop 24 n’a pas apporté d’avancées significatives. Les Etats ont néanmoins signé un accord, et ainsi entériné la durabilité du processus. Ils se sont engagés sur un « rule book », une méthode commune pour décliner l’Accord de Paris en objectifs nationaux, qui permettra de débattre des enjeux cruciaux, notamment le prix du carbone. Les climato-sceptiques voient le verre à moitié vide et crient à l’échec, ainsi que ceux qui sont déçus par le manque d’avancées concrètes, alors que le temps presse. Mais lors de cette Cop, plus que jamais, le thème d’une « transition juste » a été présent. Car la question que posent aujourd’hui le climat et la nature, c’est celle de la répartition et de la justice sociale. Ceux qui émettent, ce sont les individus les plus riches, et les pays les plus riches ou ceux qui leur servent d’atelier de fabrication. On voit bien la question de la justice sociale se poser en France : des « gilets jaunes », enfermés dans le tout-voiture et à qui on ne propose pas d’alternative, refusent l’augmentation du prix des carburants liée à la taxe carbone. Des alternatives, il y en a pourtant : la voiture électrique, les transports en commun, et encore mieux, un travail près de chez soi. C’est la même question au niveau des pays : pour éviter un développement à base d’énergies fossiles, il faut proposer, et financer, des alternatives.
La question de la justice sociale est bien désormais au cœur des débats. Au sein de la Commission internationale d’économistes sur le prix du carbone , Gaël Giraud (s.j.) avec d’autres grands économistes a plaidé pour des politiques écologiques redistributives. Cette année, une coalition rassemblant les grands investisseurs privés internationaux a publié un rapport intitulé « Pour une transition juste » , qui met l’accent sur l’aide aux populations et aux régions affectées par la sortie des industries fossiles. Le Pape François l’avait écrit dans l’encyclique Laudato Si’ en 2015 : la transition écologique impose une refonte complète, dans le sens de davantage d’égalité, de nos systèmes économiques et financiers. Le rapport « La Finance aux Citoyens » du Secours Catholique Caritas France, auquel ont contribué Cécile Renouard et Gael Giraud, explique comment le creusement progressif des inégalités détruit les sociétés et nuit à la prospérité, et propose des mesures pour y remédier.
La transition écologique est l’opportunité de construire un monde durable, et un monde durable est un monde prospère pour tous. La lenteur et les échecs du processus de la Cop reflètent le conformisme des possédants. La lutte contre le changement climatique est aussi le combat de la justice sociale. Il est engagé par certains, au plus haut niveau, dans le cadre de la Cop. Et c’est là son succès. Ne laissons pas le serpent du doute siffler à nos oreilles.