Formation - 5 juillet 2016

fr - Santé et bien-être :ODD3


Infirmière, travaillant à l’hôpital en France depuis de nombreuses années, en Unité de Soins palliatifs depuis 20 ans, c’est de ce lieu que je parle. Les deux concepts santé et bien-être ne sont pas nécessairement liés, le mal-être peut aller de pair avec une bonne santé et inversement. Pour écrire cet article, je pourrais vous donner l’ensemble des définitions que nous pouvons tous trouver sur Internet lorsque nous cherchons une information, aussi je préfère vous donner mon témoignage.


En USP (unité de soins palliatifs), je rencontre des grands souffrants. Nous sommes en 2016, et une des premières caractéristiques de notre temps, ce sont les progrès de la médecine dans le domaine scientifique, technique et l’allongement de la durée de la vie. La médecine a fait beaucoup de progrès et nous sommes tous les heureux bénéficiaires de ces progrès humains. Je vais cependant m’asseoir à côté de celui qui n’en peut plus, qui est désespéré et qui est gravement malade, va mourir et partir de son horizon à lui. La part de la médecine allant de l’examen clinique à la pose du diagnostic ainsi que l’ajustement des traitements est loin d’être optimum. En effet, la multiplicité des connaissances, la rapidité de l’observation et de la réflexion, le stress, le bisness et hyper consommation des dispositifs médicaux, examens de toutes sortes et de l’imagerie, les laboratoires pharmaceutiques se disputant le marché du médicament, nous plongent plus dans l’erreur que dans la justesse d’une médecine qui devrait allier connaissances et sagesse. L’existence de nos contemporains est accompagnée pour la plupart d’entre eux de souffrances morales, spirituelles, mais aussi de douleurs physiques, de perte d’identité. La mort elle-même est oubliée, alors qu’elle achève notre vie terrestre comme la naissance la commence.


Nos sociétés veulent se battre pour une meilleure santé par le moyen de la médecine, mais celle-ci loin d’être toute puissante, peut souvent créer des ruptures, des déchirures, entraîner la personne humaine dans des prolongements de vie qui ne sont qu’une simple agonie. La revendication de l’euthanasie n’est pas la meilleure solution, car elle camouffle simplement la problématique agonique, la court-circuite et rend la mort brutale, parfois intolérable pour les proches. Qui pourrait revendiquer le droit à naître avant sa conception ou refuser de naître lorsqu’il a été conçu. La revendication du droit de vie ou de mort sur soi serait liée seulement à notre prise de conscience, en un mot à notre pensée. Ce droit serait individuel et complétement séparée de toute solidarité humaine. Nous savons que c’est la mère qui choisit d’avorter, l’enfant n’a rien à dire ; alors « nous donner la mort », à cette heure de la fin de note vie serait affirmer que notre conscience est suffisamment élaborée et notre liberté parfaite pour oser revendiquer et user d’un tel droit. L’être humain n’est qu’une pensée ? Pour nous, il est d’abord Créature, et par le Baptême, Enfant de Dieu.


Le sens de la vie, le sens du corps est essentiellement fait de notre relation avec Dieu et avec les autres. Aujourd’hui cette relation est blessée, l’être humain ne sait plus faire face à la maladie, à la souffrance, aux douleurs. Devrions-nous retourner des siècles en arrière où la souffrance avait un sens de rédemption, ou encore de pénitence, je ne le pense pas. Cependant, l’être humain actuel manque de façon cruciale de profondeur, il est déraciné de son humanité même qu’il soit en bonne santé ou en mauvaise santé, il est quasi dans un mal être permanent. Le but, n’est-il pas, non de conserver une bonne santé, mais bien plus de garder une harmonie de relation entre nous, avec Dieu et avec la planète.


Et le bien-être, qu’est-ce aujourd’hui ? Le bien-être est essentiellement lié à la santé de l’âme, combien de personnes ais-je accompagnées et m’ont témoigné de cette réalité existentielle. Aussi, me croirez-vous ou non, dans cette phase finale de l’existence, chaque réaction est singulière ; et chacun, chacune peut passer du bien-être au mal-être avec toutes les nuances qui se déclinent de l’un à l’autre. Notre société ne parle plus de l’âme et du mystère de Dieu, du mystère de l’être humain et celui de la nature, de la vie ; et pourtant ces données qui ne sont plus à la mode donnent la note du bien-être ou du mal-être.


Pour le bien-être, j’en resterais à la même donne que pour la santé, que nous sommes des êtres de relations avec Dieu, les autres et la planète.


Rejoindre les ODD avec une expérience aussi précise mais cependant universelle, je crois que notre lutte serait uniquement pour permettre à chacun, chacune d’entrer en relation avec les autres et avec Dieu ; et lorsque les limites arrivent, que les épreuves s’imposent, il est urgent de ne jamais lâcher cette relation qui est la seule qui nous maintient en Vie. Je reprendrais volontiers cette parole de Saint Jean « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, il se dessèche, puis on les ramasse, on les jette au feu. » (St Jean 15, 6)


Que nous puissions, partout où nous sommes, être au service de la relation, permettre aux uns et aux autres de la vivre, par l’attention bienveillante, le partage et le service, la solidarité et le travail, sous toutes ses formes, afin que nous puissions continuer à vivre une existence humaine, digne de ce nom.


Myriam Collon PSA Montrouge