Témoignages - 7 mars 2017

fr - RDCongo-Kivu. Témoignage d’une expérience de déplacés permanents


Être déplacé de guerre, voilà une triste réalité de vie que nous menons avec les habitants de la Région de l’Est du Kivu depuis des nombreuses années. Plus particulièrement à Beni, où nous sommes en mission depuis plus de 80 ans ; aujourd’hui il est un fait indéniable que la population vit dans un climat continuel de guerre et d’insécurité. Les cultivateurs ne peuvent plus se rendre dans leurs champs et s’ils le font, ils y sont tués ; Les produits s’abîment sans pouvoir être récoltés. Tout est imprévisible. Tout peut changer vite et à tout moment.


Pendant la période d’un calme apparent, la vie reprend timidement, les gens vont au travail, au marché, à l’école… et puis tout d’un coup arrive l’information d’un nouveau massacre !Et ceci en pleine activité en plein jour, ou durant la nuit alors qu’on n’avait un moindre soupçon.


Vous pouvez vous imaginer la débande de la course dans tous les sens. Malheureusement, plusieurs fois, des personnes vulnérables comme les femmes enceintes, les enfants, les personnes âgées, les malades sans défense sont les plus ciblés…


Chaque jour, chaque année, que des nombreux innocents payent de leur vie. Nos villages sont devenus des casernes des bandits, et les villes saturées sont devenus des sites d’accueil des personnes déplacées qui vivent sans assistance et dorment à même le sol sur des bâches, certains à l’extérieur, d’autres encore dans les salles de classes et les églises.


Cette situation perturbe et affecte énormément notre vie quotidienne ainsi que les institutions en place. Les écoles fermées, nos enfants restent souvent sans activités scolaires. Et lors de la reprise des cours, la moitié ne revient plus car les parents sont dans l’impossibilité de trouver les frais scolaires. Où pourront –ils trouver cet argent si leurs champs ne sont plus accessibles ?


Quelques fois fermeture momentanée de nos centres de santé insécurisés, en gardant le soin minimum de la journée. Que de fois nous avons orientée les mamans enceintes vers la ville, car la nuit nous devrions aussi quitter le lieu et donc impossible d’effectuer la garde des malades Partageant la vie de notre peuple, nous nous sommes déplacées plusieurs fois, ayant en charge nos enfants orphelins. Nous avons bénéficié de l’accueil et du partage de nos communautés. Mais les conditions de vie de nos populations est déplorable.


Comment continuer à survivre quand on est toujours exposé aux exactions des hommes armés ? Comment se nourrir quand les champs que l’on cultive sont devenus des lieux de massacres ? L’arrêt des activités scolaires des enfants, le manque d’accès aux soins devenus monnaie courante, pire encore le manque de nourriture conduit la majorité des déplacés dans un état de malnutrition sévère. Et cela se solde par des taux de mortalités importants. Autrement, si l’on ne meurt pas par le massacre, on finit par succomber à la famine.


Ce déplacement régulier des populations, n’est-ce pas une autre forme de massacre, quand on vit sans éducation, sans soins ?


Heureusement qu’il y a quelques semeurs d’espérance : Les Communautés Ecclésiales Vivantes de Base, chrétiens et toute personne de bonne volonté et la Caritas diocésaine se sont constituées en canal de solidarité pour des actions ponctuelles d’offrande de nourriture et d’habits et des soins. Au-delà de ces actions, il y a des besoins urgents d’assistance psychologique et spirituelle aux nombreuses populations qui sont réellement traumatisés par les tueries répétitives, les saccages des maisons et viols des femmes.


Actuellement nous rencontrons des personnes incapables de réfléchir sur quoi que ce soit, suite aux drames vécus, nous offrons l’accueil et l’écoute, les soins selon nos possibilités mais souvent nous nous sentons démunis face aux blessures exprimées. C’est avec ces réalités que nous sommes en marche avec le Christ durant ce carême. Nous lui confions tout le présent et l’avenir. Et nous invitons ceux qui le peuvent de nos collaborateurs éducateurs et soignants d’entrer dans cette démarche, et d’offrir cette espace de parole et de prière, de secours matériel à nos voisins meurtris.


A la lecture de ce témoignage, vous pourrez vous demander : comment est-ce possible de tenir la mission dans ces conditions ? Cela est très difficile, surtout que la complexité s’aggrave au jour le jour. Mais soutenues par la foi éprouvée et la prière continue de la population meurtrie qui nous entoure, soutenue également par votre chaîne de prières en Eglise, nous nous sentons fortifiées et nous pouvons alors chaque matin mettre la main à la charrue, « avec le Christ et en compagnie de la Vierge Marie ».


Vos sœurs Oblates de l’Assomption. Mission de Beni.