Formation - 14 mai 2016

fr - Mesurer la pauvreté – le cas des chiffonniers au Mexique


Selon la Banque mondiale, en 2012, 12,7% de la population mondiale, soit 896 millions de personnes, vivaient en situation d’extrême pauvreté avec moins d’1,90 dollar par jour. S’il demeure préoccupant, ce taux a été considérablement réduit au cours des dernières décennies, en lien avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement : en 1990, il s’agissait de 1,95 milliards de personnes (37% de la population mondiale). Les estimations de la Banque mondiale laissent espérer que la proportion de la population mondiale en situation d’extrême pauvreté passe sous les 10% pour la première fois en 2015.


Un tel décompte, s’il a le mérite de faciliter les comparaisons temporelles ou spatiales, ne rend pas compte de la complexité du phénomène que constitue la pauvreté. Au-delà d’une question de ressources monétaires, la pauvreté est aussi un cumul de privations dans différents domaines (santé, accès à l’éducation, à un logement décent, etc…). L’indicateur de Pauvreté Multidimensionnelle (MPI) développé par des chercheurs de l’Oxford Poverty & Human Development Initiative (OPHI) en lien avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) propose une mesure alternative de la pauvreté à partir des conditions d’accès des personnes à des seuils dans différents domaines constituant une vie humaine. Les résultats obtenus en appliquant cet indicateur sont souvent très différents de ceux issus de la mesure monétaire de la pauvreté. Des recherches menées par des chercheurs de l’OPHI ont ainsi montré qu’en Afrique du Sud, 11% de la population est considérée comme pauvre, que l’on utilise un indicateur monétaire ou un indicateur de pauvreté multidimensionnelle, mais que seulement 3% de la population est pauvre selon les deux indicateurs.


En prenant l’exemple des chiffonniers mexicains, ou pepenadores, qui récupèrent et trient les matériaux recyclables sur des décharges, ce texte vise à illustrer les apports d’une approche multidimensionnelle de la pauvreté.


Les différentes formes de pauvreté monétaire


Une première façon d’identifier les personnes en situation de pauvreté est de considérer qu’il s’agit de celles dont le revenu ou le niveau de vie est inférieur à un certain seuil. Ce seuil peut être fixé soit de façon relative, soit de façon absolue.


L’approche par la pauvreté relative est celle qui est utilisée en Europe : sont considérées comme pauvres les personnes dont le revenu est inférieur à un certain pourcentage (généralement, 50% ou 60%) du revenu médian de la société étudiée. En France, par exemple, le seuil de 60% correspond à 1000€ mensuels en 2013 et 8,6 millions de personnes vivent sous ce seuil .


L’approche par la pauvreté absolue est la plus utilisée pour la mesure de la pauvreté dans les pays en développement, mais également aux Etats-Unis : le seuil de pauvreté est défini en fonction de la somme d’argent nécessaire pour accéder à un panier de biens basiques, considérés comme nécessaires pour accéder à des standards minimaux dans différents domaines. Une application particulière de cette approche est l’indicateur de pauvreté extrême de la Banque mondiale, qui s’appuie sur le seuil de 1,90 USD par jour , au-dessous duquel la survie des personnes est menacée.


Dans le cas du Mexique, le Conseil national d’évaluation de la politique de développement social (CONEVAL) utilise deux mesures de la pauvreté monétaire : un seuil « minimal », qui correspond à l’accès à un panier de biens alimentaires et vaut 1230 pesos mensuels (71,50€) en 2014 ; et un seuil de « bien-être » qui inclut également des biens non alimentaires (dans 12 domaines, tels que le transport, la santé, l’éducation, la communication, etc.) et vaut 2540 pesos mensuels (147,70€) en 2014.


Hélène L’Huillier, doctorante à l’Université de Lille 1 et ingénieure de recherche à l’ESSEC, programme CODEV, mai 2016.


(voir l’article complet en pdf en haut à droite de la page)