Témoignages - 17 février 2016

fr - Le Dialogue Interreligieux


« Pour les chrétiens divisés, pour les fils d’Israël, pour les musulmans et les hommes de toutes religions, invoquons le Seigneur de vérité »



Les religieux et religieuses se souviennent sans doute de cette prière du Pape Gélase . Une bonne prière avec un soubassement œcuménique et interreligieux très intéressant. Nous lisons : « Invoquons le Seigneur de vérité ». Il y a la vérité parce qu’il y a le mensonge et vice-versa. Et alors qui dit vrai ? Qui ment ? Les chrétiens divisés ? Les fils d’Israël ? Les musulmans ou croyants d’autres religions ? Qui en fait en tant qu’être créé peut parler avec certitude de son Créateur ? Un pot peut-il parler du potier qui l’a fabriqué sans pouvoir se tromper ? En toute humilité je rappelle ce passage du prophète Isaïe : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées…Au tant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes pensées au-dessus de vos pensées », dit le Seigneur (Is55, 8)



Vu que la vérité est plurielle en ce qui concerne Dieu, un dialogue s’impose entre fils et filles d’Abraham, celui-ci étant le patriarche de tous ceux qui croient en un seul Dieu. Tous parlent de Dieu, le célèbrent différemment selon leurs convictions. D’où la nécessité de dialoguer pour une connaissance mutuelle et ainsi éviter tous les préjugés qui sont souvent source de méfiance, de suspicion, engendrant parfois des conflits qui auraient pu être évités. On arriverait à la conclusion selon laquelle nous parlons du même Dieu en différents mots.
Le pape Pélage commence la prière précédente par ces mots : « Pour les chrétiens divisés… invoquons le Seigneur de vérité ». Une interpellation, un défi ! La communauté chrétienne en Turquie est très minoritaire, malheureusement héritière et victime des divisions survenues dans l’histoire de la chrétienté et de l’histoire humaine en général. Comment, comme chrétiens, dialoguer avec nos frères musulmans alors que nous sommes très fragilisés par nos divisions internes ? Sommes-nous des partenaires crédibles ? Si nous fêtons Noël le même jour, pourquoi célébrons-nous le fondement de notre foi, Pâques, parfois à des dates différentes ? me demandent souvent certains croyants d’autres religions !



Comme l’Esprit de Dieu fait son travail et que l’intention du Christ pour que ceux qui croiront en Lui soient un n’étaient pas de vains mots, les différentes communautés chrétiennes, par l’entremise de leurs représentants, ont dû produire un document, à la demande du gouvernement turc, qui reprend l’essentiel de la doctrine chrétienne. Ce document, s’il est accepté par le gouvernement, il pourra être proposé aux élèves de différentes écoles en Turquie dans le cadre du cours de religion en ce qui concerne le christianisme . Une œuvre œcuménique qui ouvre la voie à un dialogue interreligieux entre chrétiens et musulmans. Personnellement, je souhaite aussi que nos frères musulmans nous fournissent un jour un document de référence qui reprend les grandes lignes de l’enseignement de l’islam, fruit d’un travail commun entre les différentes branches des croyants musulmans. Les deux documents mis à la disposition de tous les croyants pourront aider un jour à une connaissance mutuelle plus grande, au respect de l’un et de l’autre car il y a parfois un problème d’ignorance d’un côté comme de l’autre.



Dans le cadre de leurs priorités pastorales, la famille franciscaine d’Istanbul c’est-à-dire les Conventuels, les Capucins et les franciscains(OFM), organise chaque année en septembre un symposium islamo-chrétien, avec une équipe de coordination et des conférenciers musulmans et chrétiens. Des thèmes différents y sont débattus. Chrétiens et musulmans se retrouvent ensemble pour s’écouter et partager leurs convictions selon la Bible et le Coran, les différentes conceptions théologiques, etc. Ce sont des symposiums enrichissants pour tous les participants. Il y a donc enrichissement mutuel. C’est pendant ces rencontres que j’ai constaté que nous ne connaissons pas assez car parfois nous parlons de la même chose en des termes différents. La conception de l’accueil de l’étranger dans la Bible et le Coran est la même : Dieu nous invite à accueillir l’étranger. Pendant les deux jours que dure le symposium, le vendredi les participants vont à la mosquée pour prier avec les frères musulmans ; le samedi, tous se retrouvent dans une église pour la prière avec les chrétiens. Un repas fraternel est aussi offert par la franciscaine : moment favorable pour approfondir les thèmes débattus et les connaissances mutuelles. Entrer dans une mosquée ou dans une église pour prier, je vous assure que ce n’est pas comme si on allait dans ces lieux de culte pour une visite touristique ! En fait « Découvrir l’autre, vivre avec l’autre, entendre l’autre, se laisser façonnner par l’autre, cela ne veut pas dire perdre son identité, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive »



Cependant un défi : les participants à ces symposiums sont, dans la majorité, des étudiants en théologie (musulmane) et des religieux catholiques latins. Les gens ‘ordinaires’ ne sont pas encore assez sensibilisés à ces genres des rencontres. Que le Seigneur de Vérité nous aide à nous découvrir, à nous apprécier l’un l’autre pour que « justice et paix s’embrassent » pour la gloire de Dieu.



De la même manière que j’ai commencé ce petit partage par la prière du pape Gélase, je le conclus en vous laissant méditer ce texte de Pierre Claverie, ancien évêque d’Oran en Algérie de 1981 à 1996. Voici ce qu’il a écrit : « Nul ne possède la vérité, chacun la recherche. Je suis croyant, je crois qu’il y a un Dieu, mais je n’ai pas la prétention de posséder ce Dieu-là, ni par Jésus qui me le révèle, ni par les dogmes de ma foi. On ne possède pas Dieu. On ne possède pas la vérité et j’ai besoin de la vérité des autres »


Jules Unguru, AA