Témoignages - 1er mars 2016

fr - La femme, victime de la guerre à l’Est de la République Démocratique du Congo


Comme vous le savez, la Région du Kivu (Est de la RDC) connaît la guerre avec la recrudescence des violences interminables causées par des milices armées. Dans cette situation, la plupart des femmes vivent un calvaire suite au viol qui déstabilise de nombreuses familles. Quel appui ? Quelle mobilisation pour que cesse cette mort à petit feu de toute une communauté d’innocentes à qui les intérêts de la guerre des minerais ne profiteront jamais ?


C’est dans ce cadre que je vous partage le témoignage de l’accueil d’une jeune dame, âgée de 26 ans et mère de deux enfants. Marie Delphine, abattue et marchant avec beaucoup de peine, venant d’un village du secteur de Manguredgipa, arrive à Butembo et s’appuie sur la porte de notre communauté. Accueillie, d’une voix en pleurs, elle répond et me dit simplement, je vais mourir ! De fil en aiguille, je comprends que Marie Delphine a besoin d’un lieu plus intime. Notre salle d’accueil est libre, la parole se délie. Je vous laisse communier à son récit : « les hommes armés sont entrés dans notre village la nuit. Ils ont incendié des maisons, et nous avons commencé à courir .Tout d’un coup, nous sommes arrêtées, et brutalisées, menacées de mort. Nous sommes alors violées par plusieurs personnes à la fois. A présent, j’ai envie de mourir. Je me sens comme un cadavre ambulant. Je suis rejetée par mon mari et ma famille. Je suis déjà tuée dans mon corps, mais plus encore je suis déjà enterrée par la société. J’ai voulu me pendre, mais je me suis dit qu’il faut que je dise cette souffrance à quelqu’un et qu’après ma mort, on se souvienne et qu’on lutte pour que d’autres après nous ne subissent pas cette mort honteuse. » Que dire, que faire, à l’écoute de ce récit poignant ? Une tasse de thé offert, mais notre hôte est bien extenuée, et n’a pas la force de manger. Alors avec l’aide d’une sœur infirmière, nous proposons les premiers soins, la consultation et nous essayons de créer un climat de confiance. La peur, les cauchemars, les pleurs incessants au long de la journée, nous font penser à un psychologue. Mais elle ne veut pas être écoutée par une tierce personne.


Marie Delphine restera quelques mois en lien avec notre communauté. La guérison physique l’aide à récupérer progressivement sa confiance, et elle accepte de collaborer à une petite activité communautaire, dans la prise en charge des enfants malnutris. Ne pouvant pas nous rendre dans son village de peur qu’elle ne revive le cauchemar de sa prise d’otage, nous avons attendu 10 mois pour essayer de faire le lien avec la famille de Marie Delphine qui la croyait déjà morte. Petit à petit, elle a commencé à avoir des visites. Le retour dans son foyer n’a pas été facile suite aux conséquences de viol énoncées au village : maladies du Sida, retour possible des agresseurs. Avec l’accompagnement de son secteur paroissial, elle a pu réintégrer son milieu de vie. Nombreuses sont des femmes décédées par manque de prise en charge car elles n’osaient pas nommer ce qui faisait leur honte, ce viol qui est devenu comme une arme de guerre systématique dans la guerre au KIVU.


Aujourd’hui, beaucoup des familles se trouvent en situation de détresse à l’Est du Congo, suite aux attaques répétitives des milices armées. Et les femmes, meurtries dans leur être, continuent courageusement à choisir la vie. A travers ces femmes, nous pensons à toutes les femmes du monde dont la dignité est bafouée. Voilà une cause à mettre au pied de la Croix, dans cette montée vers Pâques, et dans la dynamique de l’année de la Miséricorde.


Sr Marie Madeleine KAHAMBU.