News - 23 décembre 2015

fr - La COP 21, un grand pas en avant, un essai à transformer

Le 12 décembre 2015, 195 Etats ont adopté un double accord, relatif à la lutte contre le changement climatique. Il faut souligner le caractère historique de ce texte. Pour la première fois, toute la communauté internationale décide de s’unir en fixant un niveau d’ambition élevé : il s’agit de limiter, d’ici la fin du siècle,l’élévation de la température pour qu’elle soit bien inférieure à deux degrés, et qu’elle s’approche de 1,5 degré – ce qui indique la volonté de prendre en compte de façon effective les pays les plus affectés par les conséquences sociétales et environnementales de ce changement climatique, en particulier les iles menacées de disparition en raison de la montée du niveau des océans. Un tel accord est extraordinaire étant donné la diversité des pays, en termes de pauvreté, de dépendance plus ou moins forte aux énergies fossiles, de situation géographique, etc.
Retenons aussi que le préambule comporte explicitement une prise en compte des personnes et des groupes les plus vulnérables et les plus défavorisés : « Considérant que les changements climatiques sont un sujet de préoccupation pour l’humanité tout entière, les Parties devraient, lorsqu’elles prennent des mesures pour faire face à ces changements, respecter, promouvoir et prendre en considération leurs obligations respectives concernant les droits de l’homme, le droit à la santé, les droits des peuples autochtones, des communautés locales, des migrants, des enfants, des personnes handicapées et des personnes en situation vulnérable, et le droit au développement, ainsi que l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et l’équité entre les générations. »
Cette formulation indique clairement que les questions écologiques et climatiques sont en même temps des questions de justice sociale. Il s’agit d’éviter que les plus pauvres subissent une double peine : subissant déjà des conditions défavorables, ils ont moins de ressources pour s’adapter aux évolutions futures et pour résister aux catastrophes qui adviendront.
Comment le texte de l’accord donne-t-il des éléments concrets en vue d’une telle priorité à accorder à ces enjeux ?
D’abord, le texte reconnait de façon claire l’écart très important entre le niveau d’ambition et la réalité présente des engagements des Etats.
Il est souligné (n°17) « que les niveaux des émissions globales de gaz à effet de serre en 2025 et 2030 estimés sur la base des contributions prévues déterminées au niveau national ne sont pas compatibles avec des scénarios au moindre coût prévoyant une hausse de la température de 2 °C, mais se traduisent par un niveau prévisible d’émissions de 55 gigatonnes en 2030, et que des efforts de réduction des émissions beaucoup plus importants que ceux associés aux contributions prévues déterminées au niveau national seront nécessaires pour contenir l’élévation de la température de la planète en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à 40 gigatonnes ou en dessous de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à un niveau devant être défini dans le rapport spécial mentionné au paragraphe 21 ci-après ».
Les mesures envisagées par l’accord permettent-elles de réduire cet écart entre les intentions affichées et les engagements effectifs ?
Il est prévu une révision des engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre tous les 5 ans, et toujours à la hausse.
Ceci fixe un cadre de transparence, qui favorise la confiance réciproque entre les pays et soutient leur niveau d’implication dans la lutte commune. Néanmoins, cet objectif de long terme est flou - on ne fournit ni de chiffre ni de référence aux énergies renouvelables – et demande à être décliné de façon très précise pour favoriser des trajectoires à la hauteur des enjeux.
De plus la date de 1ère révision obligatoire est trop tardive (bilan en 2023 pour une révision en 2025). Il faudrait obtenir que des pays (idéalement ceux de la coalition des « pays les plus ambitieux ») décident volontairement de réviser leurs engagements avant 2020.

Quant au financement de l’aide aux pays en développement, les 100 milliards supposés constituer le fonds vert en 2020 sont un plancher, et il est prévu qu’un nouvel objectif plus élevé sera défini au plus tard en 2025.
Une place plus importante est donnée à l’adaptation pour l’après-2020.

Il existe une reconnaissance des pertes et dommages subis par les Etats, avec un mécanisme adapté.

Du côté des manques importants, la nécessité de fixer un ou des prix du carbone n’est pas précisément énoncée.L’intérêt de la tarification carbone est toutefois mentionné à l’article 137 (de la décision)qui « reconnaît aussi combien il importe de fournir des incitations aux activités de réduction des émissions, s’agissant notamment d’outils tels que les politiques nationales et la tarification du carbone ».
De façon extrêmement positive, à côté de l’accord, il faut soulignerla mobilisation sans précédent des entreprises, des collectivités territoriales, des acteurs financiers, et surtout des citoyens. La pression maintenue par la société civile, à tous les échelons – local, national, international – à l’égard des gouvernements et des dirigeants économiques, est décisive pour une intégration déterminée des enjeux de long terme dans toutes les décisions.
Comme le souligne Alain Grandjean, les événements tenus au cœur des négociations de la COP21 fait apparaître une mobilisation massive des acteurs non-étatiques en coopération avec les États :
• « Plus de 70 grandes initiatives coopératives qui regroupent près de 10 000 acteurs issus de 180 pays, sont venues présenter leurs actions.
• Près de 11 000 engagements concrets au total sur la plateforme NAZCA
• 2 250 villes, 150 régions, qui représentent 1,25 milliard d’habitants ; 2 025 entreprises, 424 investisseurs, 235 organisations société civile.
• Plusieurs centaines de milliards de dollars sont réorientés pour investir dans la transition vers une économie bas-carbone et résiliente.
• Plus d’un tiers des 2000 plus grandes entreprises mondiales engagées pour le climat, leur poids économique équivalant aux PIB additionnés de la Chine, de l’Allemagne et du Japon.
• Des milliers de dirigeants locaux, de chefs d’entreprises, de personnalités de la société civile sont venus à Paris témoigner de leur engagement et présenter leurs solutions et propositions. »
L’accord de Paris marque une étape décisive. Tout est encore à faire ! Comme le souligne le pape François dans l’encyclique Laudato si’, si nous sommes appelés à opérer une conversion écologique, pour écouter vraiment et répondre à la « clameur de la terre » et à la « clameur des pauvres »,ce n’est pas une mauvaise nouvelle ! Nous sommes invités à une immense créativité au service de la justice et du bien commun, de la noblesse et de la dignité humaine, et l’Esprit de vie nous accompagne.
Cécile RENOUARD ra