Témoignages - 15 décembre 2015

fr - Expérience de la Miséricorde

Le lieu dont je parle est celui de l’hôpital où je travaille comme infirmière, dans une unité de soins palliatifs. Cet homme qui vient d’arriver me dit : « Ici, je sais qu’il n’y a plus rien à faire, en un mot ‘C’est foutu !’ ». Bien des malades expriment cette parole avec peine, désarroi, indifférence, ou colère, lorsqu’ils viennent en « unité de soins palliatifs ». D’autres, au contraire, ne veulent ni voir, ni entendre, ils continuent tant bien que mal à renier cette dure réalité. Certains s’en remettent, deviennent indifférents ou encore ne comprennent pas.
Pourquoi, avec l’Année de la Miséricorde, qui s’ouvre le 8 décembre, parler de « tous ces grands malades, en phase avancée, voir terminale de leur fin de vie ». Devrait-on en être là, arrivant à cette ultime étape de notre vie où la maladie grave a le dernier mot pour parler de la miséricorde, …je ne pense pas.
Et pourtant, la réalité de notre finitude ouvre la Porte de la Miséricorde ; en effet, notre cœur se durcit souvent de jour en jour, à cause de cette révolte que nous sommes des êtres finis et qu’un jour nous mourrons. Cela ne vient pas d’un coup, mais petit à petit, au fur et à mesure des évènements, des traversées, des épreuves, des passages.
Je suis témoin : la Miséricorde vient aussi progressivement, il nous faut « être fini » pour oser nous reposer sur un autre cœur. Il nous faut être confiant pour comprendre notre vie comme un Don reçu. Notre Vie vient de Dieu et retourne à Dieu, Jésus nous montre le chemin, nous ne voyons souvent que notre chemin, car la foi est obscure et il nous faut cheminer de nuit, fermant nos regards aux lumières brillantes des apparences, avancer seul dans la nuit. La puissance de nos possessions nous possède et entrave souvent notre marche. Alors, un regret, des deuils successifs, épreuves, indiquent que nous avons possédé le don de notre vie : que ce soit le corps, la santé, l’intelligence, les relations, le travail et les activités….Alors notre Vie n’est plus un humble retour au Père, qui nous accueille en son sein. Notre malheur vient de notre non-retour, dans un recentrement sur nous-même, notre propre futur qui renie sa finitude, n’en veut pas, notre suffisance, en un mot : notre peur.
Notre retour à Dieu nous ouvre le chemin de la Miséricorde et de la Tendresse. Dieu est Miséricordieux car Il sort en se donnant et ne sort jamais de lui-même, demeurant dans l’Amour en la Sainte Trinité. Nous sommes appelés à vivre notre vie sur terre, autrement, c’est-à-dire en retournant au Père, passant par les entrailles da la Miséricorde.
Y aurait-il un nouveau lien entre la Justice et la Miséricorde, oui. La Miséricorde est le couronnement de la Justice. La Justice doit aller jusqu’à la Miséricorde, celle-ci ne peut se vivre sans la justice mais la Miséricorde transcende la Justice. Dieu est juste, mais non comme les hommes, ce n’est pas une Justice légaliste, ni restitutive, mais une Justice faite des entrailles du Père, Seul : Bon et Miséricordieux.
Nous devons agir, car Dieu agit sans cesse. Dieu n’arrête jamais de travailler et demande de transformer avec Lui, le monde, afin qu’Il puisse l’accueillir, le reconnaître. Le combat pour la Justice, la transformation de la société, la garde de la création et la sauvegarde de la Terre font partie intégrale des entrailles de Miséricorde du Père. Cela se fait au prix de notre Vie donnée afin que par notre finitude, nous passions de la peur à la confiance et que nous soyons un Don présent jusque dans la vie Eternelle.