Themes - 6 avril 2018

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En 1999, sous le gouvernement Jospin et en accord avec les autorités préfectorales, est créé un centre d’hébergement et d’accueil d’urgence humanitaire administré par la Croix-Rouge. Ce centre, connu sous le nom de centre de Sangatte est installé dans une ancienne usine d’Eurotunnel et possède un équipement limité prévu pour accueillir environ 200 personnes. Or les besoins de la population de migrants (principalement Afghans, Iraniens, Irakiens, Kurdes et Kosovars) sont tels qu’on a compté jusqu’à environ 1 600 personnes hébergées dans des conditions, par conséquent, précaires et sources de tensions y compris avec la population locale. En novembre 2002, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, sous la pression du ministère britannique de David Blunkett, ordonne sa fermeture et son démantèlement, mais le problème reste entier pour le Calaisis : de nouveaux immigrés illégaux continuent d’affluer malgré la fermeture définitive du centre le 16 décembre 2002. Les migrants sont dispersés depuis à divers endroits du littoral dans des abris de fortune.


Sangatte, c’est le nom d’une ville balnéaire près de Calais. Mais depuis 1999, ce nom a échappé à la ville… Désormais quand on entend le nom de Sangatte, on pense à ces réfugiés errant dans les rues et sur la côte de la Manche, rêvant d’Angleterre.


Revenir sur l’histoire des migrants du Calaisis, c’est se plonger dans un refrain qui semble se répéter chaque année. En dix ans, le détroit du Pas-de-Calais est devenu l’une des scènes nationales de la lutte contre l’immigration clandestine, utilisé comme simple décor d’opérations de communication dont les Ministres hésitent ensuite à fouler les terres.


Ces plages de la Manche sont aussi le reflet d’un échec de l’Europe qui a du mal, en ce début de siècle, à assumer son rôle de terre d’immigration… les derniers évènements tragiques dans la Méditerranée nous en rappellent les conséquences dramatiques.


Aujourd’hui, on oublie que seuls 3% des habitants de la planète vivent dans un autre pays que le leur, quand au 19e siècle le pourcentage s’élevait à 10%. La migration vers les pays riches, du Nord, ne représente qu’une proportion minoritaire des migrations globales. Et pourtant, on parle d’afflux, d’invasion, de digue qui lâche.


Dans la ville de Sangatte et dans le Calaisis se joue l’histoire de cette Europe et de cette France qui hésitent toutes deux entre mesures humanitaires et sécuritaires, entre accueil et rejet. C’est l’histoire de ces migrants, pris dans la nasse de nos contradictions.


Le ministre Bernard Cazeneuve a donné au début du mois (septembre 2014) son accord pour l’ouverture d’un centre d’accueil de jour réclamé par la maire UMP de Calais, où un millier de migrants sont prêts à tout pour rejoindre le Royaume-Uni. Il avait en outre ouvert des discussions avec son homologue britannique Theresa May afin de coordonner les efforts de lutte contre l’afflux de candidats à l’entrée à Grande-Bretagne et de travailler sur leurs conditions d’accueil en France.


Les deux ministres ont conclu un accord “qui permettra de dénouer la crise que connaît la question migratoire à Calais depuis plusieurs années”, dit un communiqué du ministère.


“Le Royaume-Uni reconnaît en effet qu’il est responsable avec la France des mesures urgentes et de long terme qui doivent être mises en place face à cette situation. Cette reconnaissance permet d’appliquer l’accord du Touquet”, signé en 2003 après la fermeture du centre de Sangatte, dit le texte.


L’accord prévoit des “mesures concrètes”, dont la création d’un fonds qui sera abondé de 15 millions d’euros par la Grande-Bretagne, afin de “sécuriser le port de Calais et protéger les personnes vulnérables”, précise le ministère. Il s’agit notamment d’installer à terme des barrières solides le long de la rocade menant à la zone portuaire et de renforcer la sécurité du parking situé à l’est du port. S’agissant des personnes “vulnérables, telles que les victimes de la traite des êtres humains”, disent les deux ministres, le fonds permettra de “s’assurer que ces victimes reçoivent l’aide et le soutien appropriés”.


Paris et Londres sont en outre convenus de renforcer la coopération pour démanteler les filières d’immigration, de modifier l’agencement du port pour améliorer les contrôles et de mener des “campagnes d’information” à destination des migrants.


“Cet accord n’est qu’une étape du plan global pour redresser la situation dans le Calaisis”, dit encore le ministère de l’Intérieur qui liste d’autres mesures : amélioration de l’aide humanitaire, développement de l’accès des migrants à l’asile en France et coopération renforcée avec les pays d’origine ou de transit des candidats à l’immigration.


Ainsi tous les sujets traitant de l’immigration sont sensibles outre-Manche. La « jungle de Calais » est perçue comme une menace. Le Brexit s’est notamment joué là-dessus et sur les promesses de réduction de l’immigration. Le problème c’est que nous avons laissé se créer un point de fixation dans le nord de la France, grâce aux accords du Touquet signés en 2003. Sarkozy, qui veut aujourd’hui les remettre en question, était le ministre de l’intérieur de l’époque. L’objectif était de mettre fin au camp de Sangatte. Mais la frontière anglaise a alors été déplacée en France. A partir de là, je ne vois pas pourquoi les Britanniques accepteraient de la rapatrier chez eux, alors qu’elles les empêche d’avoir des demandeurs en masse sur leur territoire. Ils font en France ce que l’union européenne souhaiterait faire en Lybie ou en Turquie, c’est-à-dire mettre en place des postes avancés pour traiter les demandeurs d’asile ou au moins contenir les migrants. Calais est l’équivalent des îles grecques ou de Lampedusa pour la Grande-Bretagne. Il est donc inconcevalbe pour cette denière que les choses bougent. Les Britanniques ne vont pas accepter que viennent sur leur sol des demandeurs d’asile ou de visa qui, d’après la ligne politique actuelle, sont susceptibles dans 90% des cas d’être expulsés.


Myriam Collon, psa.