Témoignages - 12 octobre 2015

fr - Accueil de familles immigrées


Le bateau « je sers » a comme objectifs : un accueil, un hébergement provisoire, un accompagnement, qui permet aux personnes de se refaire et de partir. De nombreuses familles sont accueillies, elles viennent de divers pays : Arménie, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, République démocratique du Congo et Brazzaville, Mali, Skrilanka, Maghreb, Tibet, Cap Vert, Soudan…. Parmi elles, il y a des clandestins, des réfugiés, des demandeurs d’asile, des personnes venant pour se faire soigner, et aussi des personnes isolées, en détresse économique, psychique, sociale… Je vous présente le parcours d’une de ces familles. La maman est arrivée un après-midi, elle avait sa petite fille de 1an ½ dans le dos, une petite valise à la main ; son aîné, 3 ans, portait la boite de lait qui lui était nécessaire. Cette femme en grande détresse, demandait qu’on la prenne en charge. La situation de cette famille demandait un hébergement de longue durée… Etait-ce possible pour l’association ? Après un temps de réflexion, nous acceptons de l’accueillir. Les jours suivants, nous essayons de mieux comprendre la situation : Emigrée pour cause économique, la famille est en France depuis 5 ans. Logée en HLM, (habitation à loyer modéré) le mari travaille. Mais il tombe gravement malade, est hospitalisé pour plusieurs mois. De ce fait, plus de ressources et la femme se trouve à la rue avec ses 2 jeunes enfants. Une amie, mère de 8 enfants, la prend chez elle, mais cette situation ne peut durer et voilà cette maman devant le bateau. Après quelques jours d’apaisement, la découverte des lieux et des personnes, elle rencontre d’autres familles compatriotes, ce qui l’aide à s’intégrer. Nous l’accompagnons dans ses démarches : inscrire son fils à l’école ; le suivi médical à la PMI (protection médicale infantile) la régularisation de sa situation à la préfecture etc… Quelques mois plus tard, le papa vient timidement frapper à la porte du bateau : il est sorti de l’hôpital et souhaite voir ses enfants. Nous constatons avec joie que c’est un réel bonheur pour ces petits de revoir leur papa, ils se blottissent dans ses bras, tandis que la maman reste à l’écart. Il ne semble pas opportun d’héberger aussi le père, pour éviter que la famille n’abandonne ses efforts vers l’autonomie. Un jour, la maman reçoit une convocation de la préfecture, on lui donne un OQTF (obligation de quitter le territoire français) dans 1 mois et on lui confisque en même temps son passeport. Repartir au pays, ce n’est pas possible : Elle n’a plus de famille, ses parents sont décédés, sa vie est en France. Pendant 1 an elle reste sur le bateau. Un nouveau dossier est présenté à la préfecture, prouvant ses nombreuses passées en France, la naissance et la scolarité des 2 aînés. Elle obtient son récépissé. Après 4 ans, un petit frère vient agrandir la famille. Le papa est fragile, courageux. Après plusieurs petits boulots, il a enfin un travail stable comme jardinier municipal, ce qui permet à la famille de quitter le bateau. C’est le bonheur pour tous. L’association continue l’accompagnement de la famille, dans son insertion sociale. A peine installés, un petit dernier voit le jour pour et c’est la joie. Malheureusement, le papa retombe brusquement malade, est hospitalisé à 2 reprises et meurt. Quel choc pour sa femme et toute la famille ! La cité est effondrée et beaucoup de solidarité se crée autour d’elle. Actuellement, après 1 an, nous sommes témoins de la manière extraordinaire dont cette femme assume son rôle de maman et de chef de famille ; de son courage et de sa Foi profonde. Moi, petite sœur, je suis en admiration et profondément marquée par cette famille. Quel chemin parcouru ! Que de valeurs se vivent : Amour des parents pour leurs enfants et réciprocité, Amour en actes. Foi simple, vraie, et Confiance totale en Dieu vécue en Fidélité dans la prière régulière ; Attention aux autres, sa porte est toujours ouverte et elle aime rendre service aux autres. Je rends grâce et confie cette famille au Seigneur. Communauté de Petites Sœurs de l’Assomption Conflans