Information - 5 mai 2015

fr - Droit de légitime défense

L'honorable Shinzo Abe.
Premier Ministre du Japon

Déclaration de protestation contre la décision du Gouvernement permettant l'exercice d'un droit de légitime défense collective

Près de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les citoyens japonais ont respecté et retiré de la fierté de la Constitution du Japon. Notamment le Préambule qui appelle à la paix mondiale, plaide pour la permanence de la paix ainsi que l'Article 9 qui stipule le renoncement à la guerre. Au cours de ces dernières années, tandis que la société internationale a subi des conflits armés incessants, le Japon n'a causé aucun décès dû à la guerre, que ce soit parmi les Japonais ou les étrangers. Toutefois, notre gouvernement a foulé aux pieds cette Constitution en décidant de réinterpréter la Constitution afin de permettre l'exercice d'un droit de légitime défense collective.

Selon l'interprétation de la constitution des gouvernements précédents, l'exercice d'un droit à la légitime défense autorisé en vertu de l'Article 9 signifie une politique de sécurité nationale de non-agression dans tous les cas, tandis que l'exercice d'un droit de légitime défense collective, qui permet l'usage de la force, même quand notre pays n'a pas été directement attaqué, est exclu par la Constitution et donc constitutionnellement inacceptable. Votre gouvernement a annoncé une réinterprétation de la Constitution afin de permettre au Japon d'exercer un droit de légitime défense collective. Toutefois, il devrait être absolument impossible que seul le Gouvernement puisse décider de faire une telle réinterprétation qui va à l’encontre des principes fondamentaux de la Constitution. Imposer une telle politique est formellement contraire à l'Article 9 de la Constitution : « L’Empereur ou le Régent, comme les ministres d'État, les membres de la Diète, les juges, et autres fonctionnaires d’État ont l'obligation de respecter et de défendre la Constitution. » Cette action n'est rien d'autre que la négation du constitutionnalisme. Permettre l'exercice d'un droit de légitime défense collective, c’est lâcher le frein aux armements et à l'usage de la force. Cela signifie également qu’une décision prise par le gouvernement à un moment donné peut exposer toute la population et les membres des Forces d'auto-défense à la menace de l'horreur de la guerre et du danger pour la vie. C'est un véritable scandale qui enterre l'esprit du Préambule et l'Article 9 de la Constitution.

Nous protestons énergiquement contre la décision du gouvernement qui permet l'exercice d'un droit de légitime défense collective. Il est totalement inacceptable que votre gouvernement promette de coopérer avec les alliés des nations unies, sur la base de cette décision injuste, en vertu du principe de l'exercice d'un droit de légitime défense collective. Vous devez revoir et abroger la décision du gouvernement immédiatement.

Nous, en tant qu'Église Catholique, sommes convaincus qu'il est faux de penser que la sécurité nationale peut être assurée par le renforcement militaire et l'usage de la force. C'est une dangereuse idée qui aggrave la méfiance entre les nations et ébranle la paix. En outre, revenir sur les principes de la Constitution de la Paix en ce moment fait obstacle à l'apaisement des tensions en Asie Orientale, de sorte que nous ne pourrons plus arriver au dialogue et à la confiance entre les nations. La paix se construit uniquement sur le respect de la dignité de tous. La paix ne peut être édifiée que par une réflexion sincère sur l'histoire et des excuses pour une conduite passée ensuite pardonnée.

Nous ne devons pas abandonner l'espoir d'éviter la guerre et les conflits armés par le dialogue et la négociation. Peu importe combien cela semble difficile, c'est la seule façon d'instaurer la paix entre les nations.

Nous en appelons à votre conscience et à celle de membres de votre gouvernement. N'oubliez pas que votre tâche la plus importante en tant qu’homme et homme politique, est de ne pas exposer le peuple japonais et les peuples des autres nations aux horreurs de la guerre, et de préserver la paix dans un monde sans guerre pour nos enfants. Nous lançons cet appel ferme en tant que citoyens japonais et en tant que chefs religieux.

3 Juillet 2014
Conférence des évêques catholiques du Japon Comité permanent
Président : Takeo Okada, Archevêque de Tokyo
Membres : Mitsuaki Takami, Archevêque de Nagasaki
Yoshinao Otsuka, Évêque de Kyoto
Masahiro Umemura, Évêque de Yokohama
Ryoji Miyahara, évêque de Fukuoka Isao Kikuchi, Évêque de Niigata
Manyo Maeda, Évêque de Hiroshima