Information - 5 mai 2015

fr - 70 ans après la guerre

Heureux les artisans de la paix – surtout maintenant, la paix ne doit pas dépendre des armes
À nos Frères et Soeurs dans le Christ et à tous ceux qui souhaitent la paix
En 1995, la Conférence des Évêques Catholiques du Japon a diffusé des messages concernant la fin de la Seconde Guerre Mondiale (Résolution pour la Paix — 50ème Anniversaire de la Fin de la Guerre) ainsi qu’en 2005 (Message de Paix 60 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale – Le Chemin de la Paix sur la base de la Non-violence – Il est temps maintenant d'être Prophétique). En cette année où nous célébrons le 70ème anniversaire de la fin de la guerre, nous tenons à proclamer une nouvelle fois notre engagement pour la paix.

1. L'Église ne peut pas garder le silence face aux menaces envers la vie humaine et la dignité.

Pour l'église catholique, c'est une année remarquable puisqu'elle marque le 50e anniversaire de la clôture du Concile Vatican II (1962-1965).

Dans la première moitié du XXe siècle, l’Église Catholique centrée en Europe a connu deux guerres mondiales et le génocide contre les Juifs par l'Allemagne nazie. Réfléchissant à ces tragédies, l'Église ne peut pas se replier sur elle-même avec des préoccupations purement « religieuses ». Nous avons réalisé que les problèmes de l'humanité sont nos problèmes. La Constitution Pastorale sur l'Église dans le Monde Moderne, Gaudium et Spes, publiée à l'issue de Vatican II, est un parfait exemple de cet aperçu, commençant par ces mots :

" « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de cet âge, en particulier ceux qui sont pauvres ou souffrent d’une façon ou d’une autre, sont les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ. En effet, rien de véritablement humain ne parvient à provoquer un écho dans leurs coeurs. »

Dès la fin de Vatican II jusqu'au pontificat du Pape François aujourd'hui, l'Église a été véritablement confrontée aux problèmes de la vie humaine et de la dignité, en particulier pour les exclus ou les opprimés.

2. La décision de renoncer à la guerre.
La domination coloniale japonaise sur la péninsule coréenne jusqu'en 1945, ainsi que les actes d'agression contre la Chine et d’autres pays asiatiques, ont causé de grandes souffrances et sacrifices. La Seconde Guerre Mondiale a été une expérience horrible pour le peuple japonais également. Commençant par Tokyo le 10 mars 1945, des raids aériens à grande échelle ont frappé de nombreuses villes du Japon. Outre les nombreuses troupes japonaises et étrangères qui sont grossi les rangs des victimes au cours de l’offensive terrestre sur Okinawa, de nombreux civils ont également souffert. Enfin, il y a eu les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. Ces expériences ont engendré une volonté de paix qui a été codifiée dans la Constitution du Japon, promulguée en 1946, basée sur la souveraineté du peuple, l'abandon de la guerre et le respect des Droits de l'Homme. Suite à cette constitution pacifique, le Japon s'est efforcé d'établir des relations de confiance et d'amitié avec les nations d'Asie.
Dans le contexte de la guerre froide et la chute du mur de Berlin qui a suivi, l'Église Catholique a exprimé de plus en plus clairement dans le monde entier son opposition à la course aux armements et au recours aux armes pour régler les différends.

Dans son encyclique Pacem in Terris, le Pape Jean XXIII a dit, « Dans une époque qui se vante de sa puissance atomique, il n'est plus logique de soutenir que la guerre est l’instrument idoine pour réparer la violation de la justice »3 Vatican II, dans Gaudiam et Spes s'oppose à la course aux armements et exhorte à la paix qui ne s'appuie pas sur la force militaire.4 Dans son appel pour la paix à Hiroshima en 1981, le Pape Jean Paul II a affirmé cette franche renonciation à la guerre : « La guerre est l’oeuvre de l'homme. La guerre est la destruction de la vie humaine. La guerre est la mort.. »

Dans ce contexte historique, il est évident que Nous, Évêques Japonais, respectons les idéaux de la Constitution Pacifique5. Pour les Chrétiens, le renoncement à la guerre est exigé par l'Évangile du Christ. C'est un respect de la vie qui ne peut être abandonné par les religieux et un idéal fermement appuyé par la race humaine entière.

3. La vocation de paix de l'Église Japonaise.
La Conférence des Évêques Catholiques du Japon sait qu'elle a une vocation spéciale à oeuvrer pour la paix, qui ne repose pas sur une idéologie politique. Nous continuons nos appels pour la paix, non d’un point de vue politique mais humain. Notre prise de conscience de cette vocation est, bien sûr, influencée par les horreurs infligées par les armes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, mais elle est également née de profonds remords quand nous réfléchissons à l'attitude de l'Église du Japon avant et pendant la guerre.

Lors d'une messe célébrée à Tokyo le 26 septembre 1986, pendant la séance plénière de la Fédération des Conférences des Évêques d’Asie (FABC), Mgr Shirayanagi de Tokyo a fait la déclaration suivante. « Nous, Évêques Catholiques du Japon, en tant que japonais, et en tant que membres de l'Église Catholique du Japon, demandons sincèrement pardon à Dieu et à nos frères et soeurs de la région Asie-Pacifique pour la tragédie apportée par les Japonais durant la Seconde Guerre Mondiale. En tant que parties prenantes dans la guerre, nous partageons la responsabilité pour plus de 20 millions de victimes en Asie-Pacifique. Par ailleurs, nous regrettons profondément d’avoir altéré la vie et la culture des peuples de ces régions. Ce traumatisme n'est toujours pas guéri. »

Ces mots n'étaient pas ceux d'un seul évêque. Il a parlé en tant que président de la Conférence épiscopale, transmis l'avis de toute la conference.6 Comme mentionné plus haut, dans leurs messages sur les 50ème et 60ème anniversaires de la fin de la guerre, les évêques ont continué de réfléchir à la question de la responsabilité de l'Église, avant et pendant la guerre et de cette perspective, ont exprimé leur détermination en faveur de la paix.

4. Problèmes tels que la reconnaissance de l'histoire et l'exercice de la légitime défense collective.

Soixante-dix ans après la guerre, la mémoire de celle-ci s'estompe ainsi que les souvenirs de l'agression et de la domination coloniale japonaises avec son cortège de crimes contre l'humanité. Maintenant, il y a des appels à réécrire l'histoire de l'époque, niant ce qui s'est réellement passé. Le gouvernement actuel tente d'adopter des lois pour protéger les secrets d'État, autoriser le droit de légitime défense collective et modifier l'Article 9 de la Constitution pour permettre l'utilisation de la force militaire à l’étranger.

En même temps, nous ne pouvons négliger le nationalisme croissant, pas seulement au Japon, mais aussi dans les gouvernements d’autres pays de cette partie du monde. Alors que les tensions montent entre les nations, un solide engagement pour l'amélioration des relations par le dialogue et la négociation plutôt que la militarisation accrue devient plus important pour la stabilité régionale.
Sur le plan national, la situation à Okinawa constitue un problème particulièrement grave. Comparé au reste du pays, le nombre de bases militaires y est particulièrement élevé. Une nouvelle base est en cours de construction, contrairement au souhait des citoyens de la préfecture. C’est la preuve d’une attitude qui met la priorité sur les armements tout en ignorant la volonté du peuple et les efforts pour la paix.

5. Quelques crises graves que connaît le monde aujourd'hui.
Quand on considère le monde d’aujourd'hui, des tragédies militaires et terroristes se produisent maintes et maintes fois dans beaucoup d'endroits. En plus des conflits entre nations et groupes ethniques, la violence au nom de la religion semble montrer que désormais, partout dans le monde, le dialogue est devenu impossible. Dans cette situation, les femmes et les enfants, comme les minorités ethniques et religieuses, sont particulièrement menacées et beaucoup perdent la vie.

Face à cette destructivité mondiale, le Pape François a exprimé ses craintes que certains semblent parler d'une « troisième guerre mondiale » plutôt que de veiller à ne pas répéter les erreurs du passé.7 Le monde est confronté à diverses formes de crises qui ne peuvent qu’amener les gens à se demander si la force n’est pas la réponse. Qu'est devenu le respect de l'humanité ? Toutefois, répondre systématiquement à la violence par la violence conduira seulement à la destruction de l'humanité.

Le monde est dominé par la mondialisation des entreprises et du système financier. Les disparités continuent de se creuser et d’exclure les pauvres. L'activité économique des Hommes est à l'origine du changement climatique et de la destruction de la biodiversité. Si on veut réaliser la paix, cette situation doit changer. Nous ne pouvons pas ignorer les problèmes de la pauvreté et de l'environnement qui produit inégalités et exclusion. Chacun de nous est appelé à surmonter son indifférence aux problèmes du monde et à changer sa vie. Nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes du monde à la fois, mais nous pouvons continuer patiemment à oeuvrer pour la paix et la compréhension mutuelle.

En Conclusion.
Nous rappellerons les paroles du Pape Jean-Paul II dans son appel pour la paix à Hiroshima : « La paix doit toujours être le but : poursuivre et protéger la paix en toutes circonstances. Ne répétons pas le passé, un passé de violence et de destruction. Embarquons sur le sentier raide et difficile de la paix, la seule voie qui sied à la dignité humaine, la seule voie qui mène à l'accomplissement véritable de la destinée humaine, la seule voie vers un avenir dans lequel équité, justice et solidarité sont les réalités et pas seulement des rêves éloignés."

Nous sommes encouragés par les paroles de Jésus Christ, « Heureux les artisans de la paix » (Mt. 5:9). Soixante-dix ans après la fin de la guerre et 50 ans après la fin de Vatican II, renouvelons notre détermination à rechercher la paix et à oeuvrer pour la paix. Nous, Catholiques du Japon, sommes peu nombreux, mais, unis avec les autres chrétiens et les croyants d’autres religions et tous ceux qui, dans le monde, souhaitent la paix, renouvelons notre engagement à oeuvrer pour faire de la paix une réalité.

15 février 2015.
Conférence des Évêques Catholiques du Japón

1 Vatican II, Gaudium et Spes 1965 n. 1.
2 Exhortation Apostolique du Pape François La joie de l’Evangile (Evangelii Gaudium) (2013) n.182 : « Les Pasteurs de l’Église, prenant en compte les contributions des différentes sciences, ont le droit proposer des opinions sur tout ce qui affecte la vie des gens, car la tâche de l'évangélisation implique et exige la promotion intégrale de chaque être humain. Il n'est donc plus possible de prétendre que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu'elle n'existe que pour préparer les âmes au paradis. »
3Encyclique du Pape Jean XXIII Pacem in Terris (1963) n. 127.
4 Les joies et les Espoirs (Gaudium et Spes), n. 81.
La Constitution du Japon, le préambule : « Nous, le peuple japonais, voulons la paix pour toujours et sommes profondément conscients des idéaux élevés contrôlant la relation humaine, et sommes déterminés à préserver notre sécurité et notre existence, en ayant confiance en la justice et la foi des peuples du monde épris de paix ». Ibid.. Article 9 : « Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l'ordre, le peuple japonais renonce pour toujours à la guerre en tant que droit souverain de la nation et à la menace ou l'emploi de la force comme moyen de règlement des litiges internationaux. Afin d'accomplir le but de l'alinéa précédent, le droit de belligérance de l'État ne sera pas maintenu, sur terre, sur mer, dans les airs et tout autre guerre potentielle ne sera jamais reconnue. »
5 Session plénière de la Conférence des Évêques Catholiques du Japon, Juin 1986..
6 Homélie du Pape François au Mémorial militaire de Redipuglia, Italie, à l'occasion du 100ème anniversaire du déclenchement de la première guerre mondiale
. (13 septembre 2014)
7 Appel du Pape Jean-Paul II à Hiroshima” (25 février 1981) n. 5.