Témoignages - 7 avril 2015

fr - Que vais-je choisir pour devenir vraiment heureu[x/se] ?

Emmanuelle et Alain sont mariés et ils ont 3 enfants : Guillaume (9 ans ½), Simon (8 ans) et Maylis (4 ans). Ils ont racheté une ferme fin 2007, un beau témoignage sur l’origine et les raisons de ce choix.

Tous les deux cadres dans les Ressources Humaines, nous avons été licenciés pour raison économique. Nous avons alors décidé de faire de nouveaux choix et de penser notre vie autrement.. D’abord le choix de travailler ensemble, sur un même projet. Puis le choix de l’agriculture pour nous rapprocher de la nature et vivre avec plus d’authenticité ; prenant ainsi nos distances par rapport à la société marchande, où l’argent , qui devrait être un moyen social pour promouvoir la prospérité de chacun, devient une finalité politique au profit de quelques uns.

Le choix de la culture de légumes nous vient naturellement. Alain s’est toujours intéressé à l’alimentation et à l’hygiène vitale. Il décide donc, après son licenciement, de faire une formation d’un an en agriculture. Pour moi, sans expérience de la vie rurale mais philosophe de formation, la culture de légumes, c’est l’activité agricole que je me représente le mieux, donc la plus porteuse de sens : semer les graines, guetter la levée, en prendre soin jusqu’à la plantation, puis protéger les plants et les aider à se développer jusqu’à leur maturité. Enfin, vient la récolte des légumes et le plaisir de les goûter et de les cuisiner.

Mais d’une représentation en apparence si simple à la réalisation, c’est un véritable parcours du combattant. Les obstacles se multiplient et ne manquent pas de nous décourager à plusieurs reprises : enherbement rapide, aléas climatiques, maladies, nuisibles (limaces, taupes, souris, insectes..) auquel il nous faut trouver des solutions "bio-logiques" qui sont meilleures pour la terre et pour l’homme mais nécessitent plus de travail (mais moins de produits). Ces problèmes s’ajoutent à l’installation du lieu et des moyens : acquisition de matériel et modification d’outillage, mise en place de deux serres et d’un système d’irrigation à améliorer continuellement, création d’un poulailler et acquisition de deux ânes, qui entretiennent le lieu et fournissent l’engrais.

Après déjà 7 ans, nous sommes encore parfois envahis par des sentiments d’absurdité devant la tâche immense qui nous renvoie à nos propres limites. Ce qui nous a permis et nous permet encore de ne pas perdre pied, c’est la recherche déterminée de sens, grâce à la foi et à la philosophie. Grâce à la foi, nous apprenons à regarder nos limites avec bienveillance et humilité : en effet nous sommes des créatures et non "Le Créateur" ! D’autre part la tradition nous affirme que ce créateur nous promet, malgré toutes nos limites et imperfections : le bonheur.

Grâce à la philosophie, nous comprenons que cette recherche du bonheur est une notion fondamentale, contrairement à la culture ambiante qui ne prend pas au sérieux cette perspective. Même la philosophie réaliste qui commence toujours par chasser les illusions, a mis la recherche du bonheur au centre. La question de l’Ethique pourrait d’une façon simple et juste s’exprimer ainsi : Que vais-je choisir pour devenir vraiment heureu[x/se]  ?

Que vais-je choisir pour : mieux travailler (1), mieux partager (2), mieux vivre (3). Et donc, si je choisis, à quoi vais-je renoncer ? C’est par ces quelques renoncements que l’envahissement s’estompe et que le possible réapparaît. Le sentiment d’absurde, laisse la place à celui de l’espoir.

(1) Mieux travailler : le travail de la terre est une coopération de l’homme et de la nature, donc la comprend et la respecte. Mieux travailler, c’est développer sa conscience et exercer sa liberté. Trop souvent, dominé par les tâches, il est facile de devenir l’esclave de son projet. Depuis 2 ans nous avons choisi de réorganiser notre activité et le lieu d’après les principes de la permaculture.

(2) Mieux partager : jusqu’à maintenant nous partagions notre production de légumes. Depuis 3 ans, nous accueillons des personnes intéressées par ce type de projet et partageons notre expérience sous deux formes : le woofing et l’organisation de stages de permaculture (voir notre site).

(3) Mieux vivre avec nos 3 enfants, qui appellent à la gratuité. Se réjouir de les voir grandir, chacun à leur manière. Améliorer notre habitation, installer des rîtes familiaux, respecter le repos dominical.

Emmanuelle et Alain Dieudonné

Il existe un site pour découvrir la ferme des Châtaigniers d’Emmanuelle et Alain et les propositions qui sont faîtes au cours de l’année.