News - 29 janvier 2014

fr - "Ensemble pour la Justice depuis 1988"

Le Réseau Afrique Europe Foi et Justice fête 25 Ans d’activités ...
Beaucoup de missionnaires, hommes et femmes, se sont consacrés et se consacrent avec enthousiasme à aider leurs frères et sœurs africains à avoir une vie plus digne, mais ils constatent que “leur vie devient plus difficile ...” Les analyses indiquent que “... beaucoup de raisons pour lesquelles les conditions se détériorent en Afrique se trouvent dans les pays du Nord. C’est là qu’il faut agir pour interpeller les puissances politiques et économiques ... c’est là qu’il faut rendre les gens conscients des causes de la pauvreté et de l’injustice en Afrique et travailler pour des politiques internationales plus équitables”.
L’ information suivante est un extrait du cahier “Ensemble pour la justice depuis 1988 – L’Histoire d’AEFJN” élaboré par le Secrétariat International d’AEFJN à l’occasion de la célébration de ses 25 ans...
 Email : aefjn@aefjn.org http://www.aefjn.org 

 
LES DEBUTS D’AEFJN

En 1983, trois instituts missionnaires, La Société des Missions Africaines, les Père Blancs et les Spiritains, ont formé le Réseau Afrique Foi et Justice (Africa Faith and Justice Network – AFJN) à Washington. Conçu comme un groupe de plaidoyer, il visait à donner aux instituts religieux missionnaires une opportunité d’exercer une influence positive sur les politiques du gouvernement des Etats-Unis qui affectaient l’Afrique. Ses membres récoltaient des informations sur des questions de justice sociale africaine et faisaient loyalement du lobbying auprès des membres du Congrès.
 Inspirés par leur confrères aux Etats-Unis, des supérieurs généraux d’instituts missionnaires à Rome commencèrent à rêver de faire quelque chose de semblable en Europe. Ils considéraient Bruxelles comme le centre d’une telle initiative puisque c’était là que les Commissions de la Communauté Economique Européenne préparaient la législation pour approbation par le Parlement et le Conseil Européens.

En Janvier 1987, le projet fu présenté à 38 congrégations religieuses missionnaires qui avaient une présence active en Afrique. Un an plus tard, le 18 juin 1988, le réseau fut établi officiellement, avec 16 membres fondateurs. Le plan était qu’il faudrait un corps de gouvernement à Rome et un Secrétariat á Bruxelles. L’encyclique de Jean-Paul II, “Sollicitudo rei Socialis”, qui appelait les missionnaires à être présents là où les décisions étaient prises, fut la confirmation que l’initiative allait dans la bonne direction.

LE SECRÉTARIAT À BRUXELLES
 Le Secrétariat à Bruxelles démarra le 2 janvier 1989 comme “Bureau Africain” de EECOD (Organisation Oecuménique Européenne pour le Développement). Il commença par écrire un document d’opinion : “Modèles occidentaux de développement et petits fermiers en Afrique”, et développer un programme d’action qui était fortement coloré par les expériences des missionnaires qui travaillaient en Afrique. Etant donné la grande incohérence entre l’aide donnée par l’Union Européenne (UE) à des projets agricoles en Afrique et sa politique d’inondation des marchés africains par des produits agricoles, AEFJN demandait une plus grande cohérence des politique de l’UE. Il était évident qu’il faudrait beaucoup de lobbying pour encourager une aide officielle au développement qui donnerait la priorité aux petits fermiers par rapport à l‘agro-industrie. Pendant de nombreuses années le réseau s’est focalisé sur la dette extérieure.
 Depuis ses premières années, le Secrétariat d’AEFJN à Bruxelles a réussi à récolter des informations sur des crises oubliées, comme la guerre au Soudan, la famille au Malawi, le conflit dans l’Est de la R.D. Congo, et à les communiquer aux media et aux autorités concernées. De cette manière, AEFJN a exercé un impact et s’est fait une réputation à Bruxelles.

LES ANTENNES NATIONALES
 Le personnel du Secrétariat International à Bruxelles a vite réalisé le besoin de faire du lobbying, non seulement auprès des Institutions de l’Union Européenne (Commission, Parlement et Conseil), mais aussi auprès des gouvernements nationaux puisqu’ils jouent le rôle principal dans la prise de décisions de l’UE. Et ainsi les premières “antennes nationales” dans les états membres de l’UE vinrent à l’existence. Ces rameaux furent appelés “antennes” pour refléter leur rôle important dans la réception et la transmission des informations. Comme le Parlement Européen se réunit à Strasbourg une fois par mois, et que Strasbourg est le lieu de certaines assemblées parlementaires conjointes de l’UE et des ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique), c’est là que la première antenne fut formée en 1991.
 Le travail d’AEFJN commença à être connu davantage. L‘intérêt des congrégations membres grandit et d’autres antennes furent formées : les Pays-Bas, la France (Paris), l’Irlande et Royaume-Uni en 1993 et la Suisse en 1994. D’autres suivirent leur exemple : Autriche, Allemagne, Italie, Belgique, Espagne, Portugal, Pologne et Malte. Une autre étape importante fut l’établissement d’antennes dans des pays africaines : Ouganda, Cameroun (1997), R.D. Congo, Côte d’Ivoire et Kenya.
 La première réunion des antennes eut lieu à Bruxelles en 1995 lorsque des représentants de l’Autriche, des Pays-Bas, du Kenya, de l’Ouganda et de l’Italie se réunirent avec le Secrétariat. Depuis lors les antennes se sont réunies une fois l’an et, à partir de 1999, les réunions eurent lieu deux fois l’an. Ces rassemblements on permis à AEFJN d’organiser de nombreuses campagnes et d’être présent à d’importants événements tels que le Sommet Afrique-Europe à Lisbonne en 2007.

LES PRIORITÉS D‘AEFJN
 AEFJN a traité de nombreux sujets de justice sociale, principalement à propos des relations entre l’Union Européenne et l’Afrique. Le large éventail de campagnes inclut la question des enfants soldats, l’annulation de la dette pour les pays africains, l’accès à l’eau et le trafic des êtres humains. Cependant il a six sujets principaux que le Secrétariat et ses antennes traitent.Souveraineté Alimentaire – Jusqu’il y a quelques années les fermiers familiaux en Afrique produisaient la nourriture qu’ils mangeaient et vendaient le surplus dans des marchés locaux pour répondre aux besoins de la famille comme les vêtements, le transport, des ustensiles ménagers et l’éducation. Certaines régions, comme le Sahel et des parties d’Afrique orientale et méridionale, pouvaient faire l’expérience de sécheresse cycliques dont le résultat était des années de pénurie, mais malgré cela, la plupart des Africains avaient assez de terre et, pourvu qu’il n’y ait pas de conflits armés, ils pouvaient se nourrir raisonnablement.
 Les choses ont beaucoup changé dans les dernières décennies. La plupart des pays africains ont été forcés par le commerce international et des politiques financières à réduire leur investissement public dans l’agriculture. D’autres mesures économiques ont propulsé la migration dez zones rurales vers les zones urbaines ; des facteurs tels que le changement climatique, l’accaparement de terres et la guerre ont forcé beaucoup d’Africains á quitter leur terre. En plus de cela, des institutions internationales et des pays donateurs, y compris l’UE et les USA, ont continué à exiger que les pays africains libéralisent leur agriculture pendant que les pays les plus riches du monde continuent à augmenter les subsides à leur fermiers. Dans ces circonstances, une compétition équitable sur les marchés internationaux n’existe pas. 
Tout ceci a abouti à un changement dramatique : des pays africains qui étaient des exportateurs de produits alimentaires sont obligé à importer la plupart de leur nourriture. La plupart des familles en Afrique doivent dépenser de 60 à 80% de leur revenus pour la nourriture. En Europe les dépenses de la famille pour la nourriture – même en temps de crise économique – ne dépassent habituellement pas 20%. Devoir acheter la nourriture qu’ils consomment est devenu un piège mortel pour la plupart des Africains pauvres. En 2006 des produits de base comme le riz, le froment et le maïs sont devenus l’objet de spéculations en bourse et, deux ans plus tard, les prix avaient augmenté de 50 ou même 60%. Le problème est qu’il n’y a pas de mécanismes légaux internationaux pour réguler la spéculation sur les produits alimentaires fondamentaux, seulement des codes facultatifs de bonne conduite qui ne peuvent pas être imposés.
D’autres facteurs ont contribué à cette situation, notamment la grande demande de biocarburants. Par exemple, aux Etats-Unis, près de la moitié des 416 millions de tonnes de céréales récoltées en 2009 était destinée à la production d’éthanol. Ceci aurait été suffisant pour nourrir 350 millions de personnes pendant un an. Environ 15% de la production mondiale de maïs est destinée aux biocarburants.
Commerce – Jusqu’en 2000, les relations commerciales entre l’Union Européenne et les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) étaient réglementées par l’accord de Lomé qui permettais un accès libre au marché européen pour les marchandises africaines – sans nécessité de réciprocité. Les règles internationales de l’Organisation Mondiale du Commerce ont changé et l’accord de Cotonou de 2000, le successeur de Lomé, a introduit des accords de libre échange connus comme Accords de Partenariat Economique (APE).
Les APE prévoient l’accès libre de droits des biens et services européens aux marchés africains, ce qui mettrait en danger les secteurs agricoles et industriels locaux. Les fermiers et les propriétaires de petites et moyennes entreprises africaines ne peuvent pas tenir le coup contre la compétition des produits européens, particulièrement les produits alimentaires, fortement subsidiés dans l’UE. Dans un supermarché de n’importe quelle ville africaine des articles comme les tomates, les poulets, le bœuf, les oignons, le sucre, le lait, importés de l’UE, sont moins chers que ceux qui sont produits localement.
Malgré la date limite de 2007, les négociations des APE sont toujours en cours. La société civile a joué un rôle important en encourageant les gouvernements africains à être fermes dans les négociations et à ne pas signer.
Accaparement de Terres – Maintenant que la nourriture est un point focal pour les spéculateurs financiers en bourse, la terre fertile est devenue une ressource rare qui attire la cupidité d’entrepreneurs puissants. En conséquence, l’accaparement de terres est répandu dans les pays africaines. Selon la Banque Mondiale, quelques 42 millions d’hectares de terre arable du monde ont été acquis par des investisseurs, dont 75% (32 millions d’hectares) se trouvent en Afrique sub-saharienne.
Dans les sociétés africaines, l’occupation de la terre se base habituellement sur la tradition de la communauté et le savoir local. Très peu de personnes possèdent des titres de propriété terrienne puis qu’elles n’en avait pas besoin dans le passé. Des sociétés étrangères, tirent profit de cette faiblesse et concluent des accords secrets avec des gouvernements qui ne défendent pas les intérêts de leurs citoyens. Tout soudainement, des paysans trouvent leur terre occupée et, s’ils osent protester, la police et l’armée sont capables d’user de violence pour les expulser. Plus de 12.000 personnes ont perdu leur terre ancestrale du jour au lendemain. Le Liberia a perdu 67% de sa terre au profit de compagnies étrangères, la Sierra Leone 15%, l’Ethiopie 10%, le Gabon 8%, la Tanzanie 7% et le Mozambique 6%. Beaucoup de pays africains ont perdu des étendues importantes de terre fertile au profit de groupes étrangers qui cultivent de la nourriture ou des biocarburants à envoyer vers des pays riches. Le drame c’est que ceci se passe dans des pays où les citoyens sont déjà sous-alimentés.
 L’accaparement de terres en Afrique entretient aussi la demande croissante de biocarburants dans d’autres continents. Des produits comme la canne à sucre, le palmier à huile, le jatropha et le maïs sont cultivés pour produire de l’éthanol ou du diesel. En plus de priver des millions d’Africains de leur terre, ces pratiques – qui visent les profits maximum dans le plus court laps de temps possible – mettent en danger l’équilibre écologique, affectent la biodiversité, assèchent les sources d’eau et, souvent, causent des dommages irréparables à la couche arable.
 Médicaments - AEFJN s’est toujours préoccupé de l’accès des populations en Afrique à des médicaments de qualité à un prix abordable.
Depuis que l’organisation mondiale du commerce a imposé des brevets, l’accès en Afrique aux médicaments génériques, moins chers mais de bonne qualité, est devenu de plus en plus difficile. Des sociétés pharmaceutiques disent que les brevets les aident à couvrir le coût de leurs recherches – mais la réalité, c’est qu’une grande partie de la recherche est couverte par les fonds publics et que les sociétés dépensent plus pour le marketing que pour la recherche. Le cas de l’Afrique du Sud éclaire ce point. En 1998 le gouvernement a adopté une législation pour rendre les médicaments essentiels plus accessibles à sa population. Face à la priorité donnée aux génériques, 39 sociétés pharmaceutiques ont intenté un procès au gouvernement sud-africain afin de bloquer l’application de cette législation. AEFJN s’est jointe à la campagne de milliers de patients et d’organisations de la société civile pour exiger que les sociétés pharmaceutiques retirent leur plainte. Cette pression publique a réussi et les patients sud-africains ont pu avoir les médicaments moins chers et de bonne qualité.
 Un autre souci est la qualité de médicaments génériques produits en Europe, où il y a une politique à deux normes : les médicaments prévus pour les marchés européens doivent passer des contrôles stricts de qualité, tandis qu’il y a peu de contrôle des médicaments destinés à l’exportation vers les pays en développement.
 Commerce des Armes – Le commerce illégal des armes légères est en train d’inonder les pays africains, de nourrir des guerres civiles et de miner la paix, la sécurité et le développement durable. Il encourage aussi le déploiement d’enfants soldats.
 Lorsqu’AEFJN est né, il n’y avait guère de législation internationale sur le commerce des armes. Un fort lobby de la société civile a forcé l’UE à traiter cette question et, en décembre 1998, les états membres ont signé “un Code de Conduite pour les Armes” volontaire, acceptant de faire un rapport annuel sur les permis octroyés pour des exportations d’armes. Ce petit pas n’était que le début d‘un processus continu. Le lobby par les organisations de la société civile a continué et en 2008 la “Position commune de l’UE sur le matériel militaire” a imposé des limites obligatoires à l’octroi de permis d’exportations d’armes. Malgré ces efforts, il reste des échappatoires et des pays parviennent toujours à exporter des armes dans des circonstances douteuses.
 Au niveau de l’ONU, AEFJN a collaboré en vue de deux initiatives principales : le Programme d’action sur les armes légères, commencé en 2001, et la proposition pour un Traité de Commerce des Armes (TCA) fort. Pour qu’il réussisse, il faut que le contrôle des armes soit appliqué par tous les pays, aussi la société civile et certains gouvernements européens ont commencé à faire campagne pour un TCA aux Nations Unies. Après de nombreuses années de lobbying, les Etats-Unis, la Russie et d’autres pays ont été d’accord pour la Conférence des Nations Unies sur le Traité de Commerce des Armes en 2012. Trois ans de préparations et de réunions ont abouti à une ébauche de document, mais aucun accord n’a été atteint lors de la conférence. Heureusement, plus de 90 pays sont préparés à continuer à travailler ver ce traité vital. L’impulsion det l’engagement d’AEFJN continueront.
 Exploitation inéquitable des ressources naturelles d’Afrique – L’Afrique est riche en ressources nécessaires pour l’énergie, telles que les minerais et le pétrole. Bien gérée, son exploitation pourrait élever grandement le niveau de vie de ses populations. Cependant, sa richesse est souvent devenue une malédiction parce que la lutte pour le contrôle de ces ressources est à l’origine de dictatures et de beaucoup de guerres, comme à l’Est du Congo.
Dans beaucoup de cas, des sociétés étrangères transnationales exploitent ces ressources avec un méprise absolu de l’impact que leurs actions exercent sur l’environnement et sur les conditions de vie des gens qui vivent dans le voisinage immédiat. Nous citons le cas d’AREVA au Niger. Depuis 40 ans, AREVA extrait de l’uranium pour produire de l’électricité. Des millions de bulbes brillent en France mais pour la population du Niger l’électricité est un luxe inaccessible. AREVA a contaminé l’environnement par la radioactivité dans des régions proches des mines et elle a rendu peu sûres les sources d’eau. Un autre cas bien connu est celui de SHELL dans le sud du Nigeria. SHELL n’investit pas assez d’argent pour assurer que des normes de sécurité acceptées internationalement soient suivies et que son infrastructure décrépite soit rénovée, malgré le fait qu’elle fait de grands bénéfices. Au cours des trois dernières décennies, plus de 400.000 tonnes de pétrole brut ont été déversées dans le sol du Nigéria méridional, affectant gravement la santé et l’accès á la terre et à la pêche de millions de personnes. 
Identité d’Aefjn
À partir de ces six priorités, AEFJN se focalise sur les questions économiques qui affectent les relations entre l’Afrique et l’Union Européenne et ses états membres. Il vise à influencer les politiques économiques relatives à l’Afrique.
Vision
Un monde où tous et toutes peuvent jouer leur part équitable de dons de la création et avoir l’opportunité d’épanouir leur potentiel donné par Dieu.
Une culture où les personnes, spécialement les pauvres, sont au cœur de la politique économique et sociale.
Un continent africain qui peut être autonome dans ses relations avec d’autres puissances mondiales. 
 Mission : motivés par notre foi chrétienne et enrichis par la Doctrine sociale de l’Eglise, nous visons à être alertes là où des décisions politiques concernant des relations économique entre l’Afrique et l’Europe sont en train de se prendre.
Comme citoyens de nos propres pays en Afrique ou en Europe, nous exerçons un lobby sur les décideurs au niveau national par nos groupes “antennes”. Le Secrétariat international exerce un lobby au niveau européen, les membres du Parlement européen et le service d’action extérieure européenne, de sorte que les politiques de l’UE, qui touchent l’Afrique, soient justes et équitables.
Constituant des réseaux par nos communautés et par nos Eglises, nous nous joignons à d’autres groupes d’Eglise et de la société civile au niveau national et international pour faire avancer la cause commune pour un monde respectueux, compatissant et juste.”
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