Méthodologie - 27 mai 2013

fr - France : Agrandir l’intelligence

"… Qu’est-ce qui agrandit le caractère et l’intelligence dans l’étude, qu’est-ce qui coordonne puissamment toutes les choses apprises, leur sert de but, de lien, de raison ?
En un sens, c’est une philosophie, en un autre plus large, c’est une passion. Mais quelle passion donner ? … Celle de la foi, celle de l’amour, celle de la réalisation de la loi du Christ… (Lettre de MME au Père d’Alzon 5 août 1844)

Une expérience de transformation à travers la réflexion de tous les acteurs éducatifs sur "Agrandir l’intelligence"

Ce mois d’avril 2013, le forum Assomption-France a mobilisé quelques 180 personnes venant des 16 établissements d’Assomption France : équipes de direction, enseignants, membres du personnel de services administratifs et d’entretien, parents, bénévoles, jeunes membres du C.N.L. (Conseil National de Lycéens de France et Belgique) et invités. A travers ce forum, préparé par un groupe très varié de membres du réseau, il s’agissait de déployer toute une pédagogie pour que les participants puissent mieux comprendre ce que signifie "Agrandir l’intelligence" pour Marie-Eugénie et à l’Assomption. Cette pédagogie reposait sur :

  1. La réflexion intellectuelle et l’apport de contenus qui permettaient de porter sur le monde d’aujourd’hui un regard critique et constructif afin que nous puissions "aimer notre temps"
  2. L’expérience vécue en direct, qui favorisait, à travers des ateliers ludiques, l’appropriation personnelle des concepts évoqués
  3. L’Inter (entre générations différentes, entre établissements, entre laïcs et sœurs,…
  4. Le fait de permettre aux jeunes comme aux adultes d’être acteurs  : animation des ateliers, préparation de témoignage, pièce de théâtre
  5. La dimension de l’intériorité et de la célébration qui manifestait particulièrement le lien entre intelligence et foi chez Marie Eugénie

Eléments de réflexion

Sœur Claire Myriam, le Père André Antoni (assomptionniste, directeur général de Bayard), Eric M’Farredj (adjoint au directeur diocésain de Seine-Saint-Denis), sœur Véronique Thiébaut, sont les différents intervenants qui nous ont aidés à approfondir notre réflexion.

L’expérience de Marie-Eugénie a ouvert notre rencontre : alors qu’elle était encore jeune fille, elle était habitée par une quête de sens qui trouva une forme de "réponse" à Notre Dame, dans la conférence de Carême du Père Lacordaire. Moment important qui unifia son être et sa quête, mais ne lui donna pas un point final pour autant. En effet, cette découverte de la foi a élargi en Marie Eugénie la recherche de la vérité, l’a stimulé, lui a donné un but. C’est le "travail laborieux de son intelligence qui cherche à s’emparer de ce trésor de façon personnelle pour le faire passer dans sa vie" qui agrandit l’intelligence de Marie-Eugénie, nous dit sœur Claire Myriam. Pour la fondatrice de l’Assomption, l’intelligence s’appuie sur la capacité d’entrer en relation avec autrui, de se construire à partir d’idées opposées. Elle interroge forcément notre rapport au monde, à la réalité, comme lieu de responsabilité et d’engagement. L’intelligence, enracinée dans la contemplation, est la capacité à coordonner, harmoniser, mobiliser les connaissances et toutes les dimensions d’une personne pour que cette dernière déploie toutes ses ressources e donne toute sa mesure.

Trois autres voix ont donné "vie" à des illustrations actuelles :

  • Eric M’Farredj nous a invités à renverser nos représentations du modèle de l’Ecole : faut-il en rester à un modèle où l’enseignant se conçoit comme le seul détenteur du savoir, envoyant aux élèves, outre le contenu de ses cours, des signaux de reconnaissance au travers des récompenses et des sanctions ? Ou bien faut-il oser un autre modèle ? Ce serait un modèle où "l’intelligence des situations" est plus importante que l’accumulation de connaissances, un modèle où les intelligences sont multiples, un modèle où l’espace et le temps scolaires sont complètement repensés par des pédagogies innovantes, un modèle où l’orientation et l’éducation au choix prend son élan dans la reconnaissance de ce que le jeune a de meilleur à donner. Appel à la créativité, donc ! Appel à l’audace et à l’humilité !
  • André Antoni, à travers l’expérience de Bayard Presse, nous rappelait combien pour "agrandir l’intelligence", il fallait s’exercer à voir large, au-delà de ses frontières, au-delà des publics déjà connus, au-delà de ses propres représentations. "Agrandir l’intelligence", c’est se faire compagnon, accepter de marcher au pas de l’autre mais aussi ouvrir des espaces de véritable échange : susciter la participation des lecteurs, permettre le dialogue collaboratif. C’est aussi lire l’actualité et les événements d’une autre manière : comme à distance, en prenant le temps de peser les éléments d’un débat, en développant le sens des faits plus que les faits eux-mêmes… en suscitant le questionnement essentiel à l’intelligence. Enfin, agrandir l’intelligence, ce pourrait être "toucher le cœur", appeler l’émotion et l’imaginaire, pour en faire les vecteurs du goût et de la créativité, manière de les unifier.
  • Ce dernier point annonçait la "pédagogie du désir" présentée l’après-midi par Sr Véronique : une pédagogie qui repose sur une véritable formation au débat et au dialogue, qui offre des espaces d’intériorité et de silence, qui invite à la créativité… Enracinée dans le mystère de l’Incarnation qui, selon Marie-Eugénie, est la base de notre mission éducative, une telle pédagogie développe un regard positif sur la personne et l’invite à aller chercher en elle-même - et en Dieu - le désir qui peut mobiliser son être et le rendre créatif. Dans une telle démarche, l’éducateur doit rester humble : reconnaissant qu’il ne sait pas tout du jeune qui lui est confié, cultivant la capacité de surprise et d’émerveillement, sachant créer les conditions de créativité et de liberté nécessaire à la croissance, aidant à la distance et au discernement.

Quelques aspects de la pédagogie choisie

Ateliers : faciliter l’appropriation par l’expérience

Les trois ateliers ludiques étaient en profonde cohérence avec ces apports : ils offraient la possibilité d’approfondir trois aspects :

  • Intelligence et intériorité : les participants avaient le choix entre un atelier de dialogue contemplatif à partir de la Parole de Dieu, un atelier d’expression corporelle pour prendre conscience de ce qui nous entoure (l’air, la lumière…) et de soi-même, un atelier de créativité (représenter l’intériorité par des photos, par un dessin, par des mots mis en lien…)
  • Intelligence et liens/relations : chaque équipe devait construire une partie de la ville du futur, une ville où les liens et la communication auraient leur place, une ville où le respect de la création se vivrait. Des richesses de créativité ont été mises en œuvre et peu à peu, a surgi des cartons et des cageots mis à disposition une ville où tous auraient aimé vivre… !
  • Intelligence et sens : à partir d’un extrait de vidéo, les participants s’interrogeaient sur le sens de nos actions, prenant conscience qu’il est plus difficile de s’interroger sur le "pourquoi" que sur le "comment".

Susciter des acteurs

A un moment ou à un autre, tous sont devenus "acteurs" du forum mais certains en ont fait plus particulièrement l’expérience :
La parole donnée aux jeunes du C.N.L. (Conseil National de Lycéens), nous a sensibilisés aux problématiques qui les inquiètent : la dégradation de l’environnement, l’importance d’agir en cohérence avec ses propres convictions, le défi de passer du "discours" à l’action effective.
Les élèves du C.N.C. (Conseil National des Collégiens) ont, quant à eux, souligné la richesse des différences, l’importance de l’expérience multiculturelle. Ils ont invité les adultes à leur faire confiance, affirmant leur désir d’être responsabilisés et de pouvoir mener des projets.
Vendredi soir, un spectacle conçu par Marcel Bouillon (professeur de théâtre à Bordeaux) a été présenté, dans la chapelle de Valpré, par 12 acteurs, jeunes et adultes, venus de différents établissements. Une belle expérience humaine car ils ne se connaissaient pas trois jours avant ! La pièce nous faisait voyager entre passé et présent : elle s’ouvrait sur une rencontre entre Louis, un jeune garçon moderne, désabusé et désespéré, et Anne Eugénie, une jeune fille du 19ème qui l’invitait à aimer son temps, finalement pas si différent du sien. Puis deux scènes "historiques" : un dialogue entre Marie Eugénie et le Père d’Alzon sur le but de l’Assomption, l’inscription d’une élève qui permettait à la fondatrice de présenter clairement son projet d’éducation. Enfin une scène actuelle, avec 5 éducateurs qui discutaient de la pertinence de ce projet dans le monde d’aujourd’hui. Belle synthèse de la journée !

Célébrer et rendre visible l’esprit de famille

Samedi, une liturgie étalée au long de la matinée a permis à tout le monde de célébrer cette vocation Assomption à donner du sens à nos actions, élargir et mettre en lien nos connaissances et expériences… une vocation qui nous appelle à grandir à travers la rencontre et les échanges, à nous engager davantage en faveur de la justice et l’environnement. La joie était manifeste et la célébration fut comme l’aboutissement de la réflexion et de l’engagement. La délégation de chaque établissement a pris une décision symbolique à mettre en œuvre dès son retour. Le climat de famille - joie, simplicité et fraternité - nous a permis de tisser ou resserrer des liens d’amitié et de collaboration entre tous.

Quelle transformation ?

  • Un nouveau modèle éducatif surgit petit à petit : chacun des membres de la communauté éducative a sa voix et une place. L’écoute mutuelle nous aide à faire la route ensemble pour revisiter notre pédagogie et nos organisations, pour innover avec audace et humilité.
  • Un espace où tous - membres anciens, invités tout nouveaux - sont accueillis et inclus.
  • Un espace de dialogue entre Marie Eugénie et les jeunes d’aujourd’hui, entre deux siècles, deux réalités où il y a des points communs et des ajustements à faire. Et la possibilité de découvrir que Marie Eugénie est encore aujourd’hui moderne !
  • Un élan renouvelé qui nous aide à repartir pleins de conviction et de force…

Ce nouveau modèle est peut-être une illustration du leadership "évangélique et sapientiel" que le chapitre général nous invite à vivre, un leadership qui nous "provoque dans notre manière d’exercer l’animation" : "susciter le communautaire", "manière de comprendre les autres et d’être en lien avec eux", "mobiliser les capacités et les possibilités de tous", engendre "la vie, la joie, la liberté" en accueillant la différence…

Sr Véronique Thiébaut r.a.
Réseau Assomption-France