Themes - 8 octobre 2012

fr - L’évènement du sommet des Peuples, Juin 2012

Franca Sessa (Secrétariat International JPIC) et Marcia Ferreira (commission JPIC Núcleo du Brésil) ont participé au Sommet des Peuples qui a eu lieu à Aterro do Flamengo du 15 au 23 juin 2012, parallèlement à la Conférence Rio+20, et qui offrait un espace de débat alternatif sur le même thème : « Le Développement Durable ».

Les Pères de l’Assomption nous ont accueillies très fraternellement. Leur maison est située près du lieu où se tenait « Le Sommet des Peuples », ce qui facilitait notre participation. Aterro do Flamengo est un magnifique parc qui borde la baie de Guanabara, aux pieds du Pain de Sucre et du Corcovado (colline de Rio de Janeiro au sommet duquel se dresse la statue du Christ Rédempteur). Ce parc est une explosion de végétation tropicale : les parfums des fleurs et des fruits de la terre, le vert vif des arbres, le bleu du ciel et de la mer, s’harmonisent avec les visages et les langages d’ethnies diverses qui se côtoient, dans un mélange de rythmes et de danses communicatives. On est pris dans une symphonie enivrante. Dans ce cadre merveilleux offert par la nature et le coloris culturel des peuples ici réunis, des espaces ont été préparés pour des débats, ateliers, assemblées, présentations culturelles et moments de convivialité. L’organisation nous faisait respirer un climat d’accueil et de communication qui reliait la nature avec les thématiques, éveillant ainsi notre conscience pro-active en vue de la finalité du Sommet.

1. Qu’est-ce que le Sommet des Peuples et pourquoi avoir choisi Aterro do Flamengo ?
C’est une plateforme d’organisations environnementales, de réseaux sociaux, de groupes indigènes, de paysans, de mouvements de femmes, de jeunes et de noirs, de groupes de penseurs, de scientifiques, d’économistes. Elle est née et s’est affirmée au Forum Mondial, pendant le déroulement de Rio 92, précisément à Aterro do Flamengo. De ce Forum est né le cycle des mouvements mondiaux pour une société basée sur l’équité entre les générations et d’une génération à l’autre, entre tous les êtres humains et la nature. Cette nouvelle société cherche à promouvoir un modèle différent d’économie, une nouvelle approche de l’apprentissage et de l’éducation, une nouvelle compréhension de l’éthique et de la spiritualité.

Les activités du Sommet des Peuples ont été gérées par les participants eux-mêmes, donnant une visibilité aux pratiques de développement durable qui sont déjà réalisées sur les continents. Ce fut une arène de débats et d’assemblées qui ont convergé vers l’élaboration de propositions concrètes et qui ont abouti à un document final. Les axes qui ont guidé les débats étaient au nombre de trois :
•  Dénoncer les causes de la crise socio-environnementale, présenter des solutions pratiques et consolider les mouvements sociaux ;
•  Rendre visibles les expériences qui existent déjà et valoriser ce qui est vécu localement ;
•  Consolider les réseaux, stimuler les organisations et mouvements sociaux ;

Voici quelques petits aperçus de la richesse de cette expérience :

  Dès le premier jour, l’arrivée des communautés indigènes fit voir une variété de couleurs par les magnifiques vêtements, l’artisanat manuel, les tableaux comportant les symboles de chaque communauté, les cantiques rythmés et la joie affichée sur les visages. Ils ont exposé la situation de chaque région avec les déclarations d’hommes et de femmes, témoignant de la lutte pour la survie contre la violence des grandes compagnies minières, des projets hydroélectriques et de l’agro-industrie, montrant les désastreux dommages écologiques qui affectent la vie individuelle et collective… Nous avons vu dans cette immense diversité des cultures indigènes, une grande énergie de résilience contre un système qui impose une pensée unique, un mode de vie unique. Nous avons été témoins de relations d’ouverture à l’unicité de chaque culture, capables d’intégrer le respect de la Vie et de faire advenir le « Bien Vivre ».

  Ce message des communautés indigènes a gagné en force et en fondement à l’heure du débat sur la Charte de la Terre. Participaient au débat les personnes qui sont directement impliquées dans l’élaboration de la Charte de la Terre, comme Leonardo Boff, Miriam Vilela, coordinatrice du processus de consultation et de rédaction de la Charte, l’environnementaliste canadien Severn Suzuki, Maria Alice Setubal, présidente du Centre d’Etudes et de recherches en éducation et culture (Brésil), et d’autres.

  On nous a rappelé que la Charte de la Terre a été rédigée par le biais d’une consultation ouverte et participative, ce qui n’avait jamais encore été fait pour un document international. A un moment où sont nécessaires de grands changements dans notre manière de penser et de vivre, la Charte de la Terre est un instrument qui nous pousse à examiner les valeurs et les options. Par exemple :
•  Elargir la compréhension sur les décisions critiques que l’humanité doit prendre et sur l’urgente nécessité de s’engager vers des styles de vie durables qui puissent inspirer un engagement pour la coopération et le changement ;
•  Parvenir à un dialogue multisectoriel entre les différentes cultures et croyances, par rapport à l’éthique mondiale et la direction que prend la mondialisation ;
•  Créer des politiques et des plans de développement durable à tous les niveaux ;
•  Définir des codes professionnels de conduite qui promeuvent la responsabilité et évaluer les avancées vers la durabilité dans les secteurs commerciaux des communautés et des nations ;
•  Avoir un instrument référentiel de principes directeurs avec une base éthique pour l’élaboration graduelle de normes juridiques environnementales visant le développement.

  En conclusion du débat, deux propositions ont été présentées :
1) «  l’Initiative Internationale de la Charte de la Terre », un réseau mondial de personnes, d’organisations et d’institutions ayant pour mission de promouvoir les valeurs et les principes de la Charte de la Terre et
2) la création d’un « Tribunal pour juger les Crimes contre l’Avenir de l’humanité  », tels que les crimes qui dégradent la nature et menacent les générations futures, qui encouragent l’inégalité et menacent l’unité de l’espèce humaine, qui manipulent les informations et portent atteinte à la diversité culturelle.

  Le dialogue sur le modèle de société durable a beaucoup mis l’accent sur l’intégration de la dimension spirituelle. Tous les changements, grands et petits, dans le monde et au niveau individuel, sont la conséquence de modifications subtiles de la conscience. L’interdépendance entre la manière de penser et la manière de vivre, est due à la connexion entre la conscience, la vision, les attitudes et l’action. Trouver du temps pour la méditation et pour le silence augmente en nous la capacité à trouver des solutions créatives et durables.
  Nous avons pris part à une grande célébration interactive préparée par des groupes de confessions et de cultures différentes. Paroles, chants, symboles et moments de silence prolongés, nous ont fait aspirer à la félicité et au Bien Vivre commun à la Famille humaine.

  L’art était aussi présent. Nous avons pu apprécier des expositions comme « L’humanité 2012 » de Bia Lessa qui présente de manière suggestive l’histoire millénaire de l’interaction de la vie du Cosmos ; le « Projet Paysage » dans lequel l’artiste plastique Vik Muniz a créé un grand tableau représentant Aterro do Flamengo avec des bouteilles plastiques offertes et posées par les participants eux-mêmes, montrant ainsi que les déchets font partie du processus créatif et ne sont pas simplement bons à jeter.

  2. Rio+20 vu par le Sommet des Peuples :
  L’atout du document de Rio+20 est qu’il reconnaît que la crise actuelle est structurelle, qu’elle va au-là des aspects économiques et financiers, et qu’elle résulte de l’essoufflement et des fragilités du modèle capitaliste actuel de développement. Ce diagnostique est correct. Malheureusement la proposition du document, « l’économie verte », au lieu d’améliorer les choses, ne fait que les empirer.
  L’économie verte ne s’oppose pas au paradigme néolibéral de commercialisation des ressources naturelles. Dans sa réalisation, il privilégie le capital privé. Il part de la certitude que la technologie sauvera le monde. Les nouvelles technologies, dans leur façon d’être conduites par les intérêts des grandes corporations, creusent les inégalités du monde, elles ne respectent pas les droits de la nature et ne garantissent pas les droits de l’homme. La destruction sauvage de l’environnement en cours va continuer, gardée et camouflée derrière le nom de « protection de l’environnement ».

  Le Document Final du Sommet, par une critique vive et par l’exigence de nouvelles pratiques, confirme le chemin qu’il reste à parcourir. Le « vert » désiré par le système ne signifie pas le « vert » du Bien Vivre. Il laisse ainsi la machine destructrice fonctionner. Ce qui sauve la planète est le vert que l’on trouve dans les dimensions de l’existence humaine, qui évite les dévastations minières et agro-industrielles, qui économise les longs transports d’aliments grâce à la production locale, qui encourage la petite propriété, qui contrôle les produits de traitement.

3. Ce qu’a signifié pour nous la participation à ces 2 évènements : Rio+20 et le Sommet des Peuples
  Ce fut une immersion dans la souffrance et dans les énergies de la grande Famille Humaine cosmique : nous avons pris davantage conscience d’appartenir à cette famille et d’être responsables de la Maison Commune. Nous avons vécu cette expérience en remerciant le Dieu de la Vie pour la vocation de membre de la Famille Humaine, et pour le charisme des Petites Sœurs de l’Assomption. Les débats, les réflexions, les moments d’écoute et d’intériorisation ont été pour nous un appel à prêter de plus en plus attention à la continuité et la durabilité de la VIE là où nous sommes, dans notre quotidien, là où la vie et la Famille Humaine sont le plus menacées.

« Nous rêvons d’une transformation pour l’instant indescriptible, mais qui se profile déjà ».
Texte final du Chapitre général 2011 p.8

Puissions-nous nourrir cette gratitude permanente envers notre Créateur, face à l’intégrité de la création et de la Famille humaine, et faire ainsi grandir la Vie dans sa totalité.

Marcia Ferreira et Franca Sessa
Juin 2012