Themes - 4 octobre 2012

fr - RIO + 20 Junio 2012 : à la recherche d’un nouveau paradigme de societé

Ière Partie
 
Franca Sessa et Marcia Ferrera, Petites Sœurs de l’Assomption, ont participé à la conférence de l’Onu en tant que congrégation membre de l’Ong Vivat International.

1. Les informations qui suivent
montrent combien est ardu le chemin pour aller vers un paradigme de société visant une vie planétaire. Les acteurs sont, d’un côté les groupes du pouvoir institutionnel qui imposent à tous les peuples de remodeler le capitalisme, et de l’autre les groupes de la société civile qui proposent un paradigme de société radicalement différent, générateur de relations solidaires de la famille humaine entre elle et avec la nature. L’action se déroule dans le cadre des Nations unies. D’autres évènements ont précédé Rio+20 :

1972 Stockholm, Suède, 110 Pays
Conférence des Nations unies sur l’environnement
On y affirme que l’environnement démarque la limite du modèle économique régnant. Elle amorce le conflit sur l’utilisation des ressources naturelles. Création du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement), de l’IPCC (panel intergouvernemental sur le changement climatique), et du Protocole de Montréal sur les substances qui dégradent la couche d’ozone.

1992 Rio de Janeiro, Brésil, 172 pays

Conférence des Nations unies sur l’environnement
et Sommet de la Terre
Le développement durable est abordé, avec une vision critique du modèle de développement des pays industrialisés ; on met en valeur l’incompatibilité entre les modèles de production et consommation, et l’utilisation rationnelle des ressources naturelles. De nouveaux organismes sont créés à l’Onu : la commission de développement durable, la convention sur le changement climatique, les accords sur la diversité biologique et la lutte contre la désertification.

1997 Kyoto, Japon : le Protocole de Kyoto

On espère parvenir à un accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre de la part des pays industrialisés. Les Etats-Unis ne signent pas.

2012 Johannesburg, Afrique du Sud, 180 pays
Sommet de la Terre pour le développement durable
Les engagements approuvés par la Conférence de Rio 92 sont évalués. On élabore un Plan d’action sur le développement durable considéré comme trop faible, faute de décisions politiques, d’objectifs et d’actions.

2009 Copenhague, Danemark – COP 15 – Conférence des parties
On espérait un accord universel sur le climat qui puisse entrer en vigueur en 2012. Les pays industrialisés n’acceptent pas. On parvient à un pacte sans fixer d’objectifs globaux de réduction des gaz à effet de serre.

2010 Cancún, Mexique
, COP 16 – Conférence des Parties
Les négociations entres les pays industrialisés (Etats-Unis et Japon) et les pays en développement n’aboutissent pas à un consensus pour assumer la responsabilité environnementale.

2011 Durban, Afrique du Sud – COP 17 – Conférence des Parties
La Chine, l’Inde, le Brésil, demandent à avoir des choix de croissance économique. On parvient à des accords minimaux, tels que l’accord pour prolonger le Protocole de Kyoto jusqu’à ce qu’on parvienne à un nouvel accord en 2015 ou 2017 avec une mise en application en 2020.

2012 Rio + 20, Rio de Janeiro, Brésil, 188 pays

Conférence des Nations unies sur le développement durable et la gouvernance internationale
C’est la plus grande conférence réalisée par les Nations unies à ce jour, avec la participation de 120 chefs d’Etat. Le but de RIO+20 est de fixer des objectifs pour un développement durable qui vise la préservation de la planète et des conditions de vie digne pour tous les peuples et pour les générations à venir, en intégrant une gouvernance internationale au processus. Les 188 pays participants ont ratifié officiellement le document intitulé « l’avenir que nous voulons ». Le document est axé sur « l’économie verte » ; il cite les mesures qui devront être mises en place à partir de 2015. Il a frustré les attentes de la Société civile.

2. « L’après RIO+20 » est un appel à la réflexion et à l’action
Nous avons reçu un torrent de commentaires par les moyens de communication et les analyses d’experts de différentes régions et de tous les continents. Citons quelques considérations qui nous alertent sur l’importance de « l’après Rio+20 », qui est un temps de critique constructive, pour préparer des mesures qui permettront de poursuivre le chemin :

•  La déclaration des Ong à l’assemblée plénière des leaders mondiaux
intitulée « l’avenir que nous ne voulons pas ! ». En une seule journée, elle a été signée par plus de 1000 organisations et individus. Elle récuse le contenu du document de la Conférence parce qu’il ne répond pas aux aspirations des peuples de la terre. Elle dénonce l’inaction des pays industrialisés du Nord pour créer des conditions de vie digne pour tous les peuples aujourd’hui et demain, en omettant d’investir des ressources pour le développement durable, en utilisant la crise économique, mais en continuant à faire d’importants investissements sur les combustibles fossiles et les banques.

•  L’économie verte et la dette écologique
 :
Les crises écologiques révèlent la crise du modèle de développement dans le Nord et dans le Sud. Jusqu’à aujourd’hui les exemples « d’économie verte » prouvent que

- Les dix plus puissantes multinationales de la semence contrôlent aujourd’hui 73% du marché de la planète, contre 37% en 1995.

- 10 compagnies forestières contrôlent 40% du marché du papier et de leurs dérivés ;

- 1% des entreprises du monde contrôlent la puissance financière de la planète.

La Société civile dénonce le fait que « l’économie verte » :

- augmente les oligopoles « verts », qui détruisent la nature, en mercantilisant et en privatisant les écosystèmes ;

- basée sur la croissance économique, elle ne prend pas en considération les capacités et les limites de la nature avec ses temps de régénération ;

- elle ne tient pas compte des différences de consommation et de production de déchets entre les pays développés et ceux en voie de développement ;

- elle répète les schémas du modèle actuel « extractiviste » et d’appât du gain, en les plaçant au-dessus des principes de justice sociale et environnementale ;

- elle accentue l’accaparement des terres, la violation des droits de l’homme et de la nature, et excite les conflits.

- dans une perspective géopolitique, même si la population des pays du Nord correspond à un cinquième de la population mondiale, l’émission de carbone correspond à 75% du total mondial. Ces chiffres révèlent qui est la cause – et qui a le bénéfice – de la dégradation environnementale.

- jusqu’à aujourd’hui, les expériences réalisées prouvent que des solutions basées sur le marché n’apportent aucun avantage à l’environnement mais se traduisent en fait par un transfert des droits et de la propriété, des pauvres vers les riches. Une ligne durable devrait commencer par la reconnaissance de la dette écologique.

  Intégration d’une gouvernance internationale
Le document final de Rio+20 apporte de faibles lueurs d’espoir pour freiner la dégradation de l’environnement et les projets qui suivent le modèle de développement d’exploitation. Le Principe n°10 (élaboré conformément à la Déclaration de Rio 92) affirme que les questions environnementales doivent être solutionnées avec la participation de tous les acteurs, depuis les simples citoyens et citoyennes jusqu’aux corporations, en passant par les tribus indigènes. Plus connu sous le nom de « principe démocratique de l’environnement », il déclare que l’accès à l’information, à la justice et aux procédures administratives, doit être garanti pour la participation significative aux décisions et il attribue au PNUE (le Programme des Nations Unies pour l’environnement) l’ordre de mettre en application le Principe N°10, y compris par une convention globale.

•  Les objectifs du Développement durable
Le document final vise une action unifiée sur les trois points suivants : l’éradication de la pauvreté, la durabilité environnementale, et la distribution équitable des ressources limitées de la nature. RIO+20 a mandaté un groupe de travail pour cibler les zones prioritaires à travers un processus gouvernemental ouvert et transparent. Il a défini des objectifs communs à tous les pays, respectant les réalités nationales, les capacités et niveaux de développement. C’est un moyen pour cibler la consommation non durable et les modèles de production établis par les pays industrialisés. Le document recommande que les stratégies de financement du développement durable soient contrôlées par des mécanismes institutionnels pour garantir leurs finalités de durabilité et d’équité.

•  Vers une Déclaration Universelle des Droits de la Nature pour atteindre le « Bien Vivre »
L’adoption d’un processus pour parvenir à la Déclaration Universelle des Droits de la Nature.
La reconnaissance des Droits de la Nature redéfinit la relation de respect et d’éthique en utilisant de la Terre ce qui est nécessaire pour Bien Vivre, c’est-à-dire répondre aux besoins fondamentaux à travers une production et une consommation durables. La reconnaissance de la Nature comme sujet de droits est liée au concept du Bien Vivre qui implique de nouveaux concepts politiques, sociaux, environnementaux, économiques, ainsi qu’une vie en harmonie avec soi-même, avec la nature et les autres personnes, et avec la définition de l’Etat plurinational et interculturel.

Mesures prises pour aller vers une Déclaration Universelle des Droits de la Nature :

- Charte Mondiale de la Nature, approuvée en 1982 par l’Assemblée générale des Nations unies

- Déclaration de Quito, XVIII Forum des Ministres de l’Environnement d’Amérique Latine et des Caraïbes et Première Réunion des Ministres de l’Environnement de la Communauté des Etats Latino-américains et caribéens, le CELAC le 3 février 2012.

- Déclaration de São Paulo, réunion ministérielle sud-américaine sur la Culture et la Durabilité, le 14 avril 2012.

- Déclaration de l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique, l’ALBA, réunion des vice-ministres des Relations Extérieures et Chefs de Délégation, à La Paz, le 17 avril 2012.

- L’Equateur et le Venezuela ont adopté le Bien Vivre comme ligne directrice de la Constitution de leur pays. C’est sur cet axe que s’appuient le projet stratégique du pays et la préparation du chemin de transition pour supplanter le modèle de développement actuel.

Mesures à prendre pour aller vers une Déclaration universelle des Droits de la Nature

- La Conférence Rio+20 approuve le décret pour que l’Assemblée générale des Nations Unies initie un processus de discussion sur la Déclaration Universelle des Droits de la Nature.

- L’Assemblée générale des Nations unies approuve la résolution pour travailler dans le sens d’une déclaration des Droits de la Nature.

- L’Assemblée générale des Nations unies forme un groupe de travail inter-gouvernemental pour rédiger la déclaration des Droits de la Nature.

•  Le Manifeste des Peuples en faveur d’une durabilité au-delà de Rio+20
C’est un appel fait à la société civile à travers un processus consultatif d’une centaine d’organisations civiles réunies à Rio de Janeiro. Il se veut être une réponse collective vers une transition pour un monde durable.


3. Vivat International a participé directement à la Conférence Rio+20

VIVAT a contribué en continu à faire avancer le développement durable à travers une politique de recommandations, en partant des expériences vécues par les congrégations membres.
A l’occasion de la Conférence Rio+20, avant et pendant la Conférence officielle, les représentants de l’Onu et les membres de la Société civile ont débattu sur le contenu du document de la Conférence.
Vivat International a soutenu le fait que l’on insère, dans le document final, plusieurs recommandations importantes sur l’exploitation des mines ; plus particulièrement Vivat a exigé qu’il y ait Liberté et Information Préalable pour l’Accord dans les secteurs où l’exploitation des mines affecte les populations indigènes ; il a défendu le principe du paiement de la dette écologique pour les dommages occasionnés par les opérations minières et il a exigé que soient reconnus les effets négatifs des pratiques extractives des compagnies minières et que des règlementations gouvernementales adéquates y répondent.

40 membres de Vivat du Brésil et de différents pays étaient présents à la Conférence Rio+20. Ce fut l’occasion d’avoir une participation active dans le cadre de l’Onu et de prendre conscience de l’importance du travail effectué en réseau en vue d’un nouveau paradigme de société. Le défi est de taille, et permanent.


Franca Sessa et Marcia Ferreira, Petites Sœurs de l’Assomption

Juin 2012