News - 4 avril 2011

fr - Les Mères de la Paix

22 février 2011. Monrovia. Libéria

Olga De Biaggio, qui est né et a grandi à Udine en Italie, travaille dans le domaine de la coopération au développement depuis 2004. Elle a beaucoup voyagé. Ces dernières années elle a vécu en Ethiopie, en Angleterre, au Guatemala et depuis d’août 2010 au Libéria.

Il est 8 heures du matin. Le trafic est congestionné et une brise fraîche n’a pas encore cédé la place à la chaleur humide et étouffante de la journée tropicale. Elles sont une centaine, les femmes, libériennes.

Elles portent des chemises et des chapeaux blancs, en contraste avec la terre rouge d’un terrain de football non loin de la résidence de la première femme présidente en Afrique. Elles appartiennent à des religions et des milieux différents, mais sont unise par le désir de manifester leur solidarité avec les femmes de la Côte d’Ivoire, pays voisin. Elles se sont réunies ici tous les jours de l’aube à midi, lorsque le soleil tape dur sur le terrain et leurs têtes, pendant quatorze jours consécutifs, comme pour rappeler les quatorze années de guerre civile terrible qui ont ravagé le Libéria jusqu’en 2003. Mais aujourd’hui ce n’est plus leur pays dont il s’agit. Elles sont ici pour empêcher la répétition d’un drame similaire dans le pays voisin, en crise après les élections présidentielles qui ont vu le candidat sortant Laurent Gbagbo, déterminé à ne pas abandonner le pouvoir et son adversaire, Alexandrie Ouattara également déterminé à être reconnu comme le président légitime par la communauté internationale.

Certains d’entre elles sont là dès 6 heures, d’autres continuent d’arriver.
Elles marchent lentement, mais sûrement, les côtés sont recouverts des "lapa"en couleur (tissus traditionnels) et portent des T-shirts avec des slogans comme "La paix ? Oui. La guerre ? Never Again", ou "Le viol est un crime" ou bien encore "Les femmes aussi prennent des décisions." Elles préparent les bouteilles d’eau pour lutter contre la longue journée ensoleillée et vont s’asseoir l’une à côté de l’autre, sur le terrain.
Il y a celle qui fait l’appel et celle qui s’endorme un peu, puis à 8h30 commence la prière. Dans un cercle autour de deux drapeaux hissés sur des bâtons en bois : celui du Libéria et celuide la Côte d’Ivoire.
Ensemble, sœurs, solidaires : les drapeaux comme les femmes qui chantent et dansent en se tenant par la main. Les automobilistes en colonne ne peuvent pas s’empêcher de se retourner, de regarder, même un bref instant, le visage fier de ces femmes et d’écouter les voix qui s’élèvent au-dessus du bruit de la circulation.
Les femmes du Libéria ne sont pas novices pour ce genre de militantisme. Personne dans le pays ne peut oublier en 2003 quand un groupe d’à-peu près 200 femmes a pris l’avion pour aller à Accra au Ghana, participer aux négociations de paix au Libéria. Ce fut le dernier acte désespéré, mais convaincu, des femmes qui avaient protesté pendant des années contre une guerre civile sanglante et terrible qui voyaient les victimes de la violence et les atrocités, tuant leurs maris et leurs enfants. Ce sont elles qui ont forcé les "seigneurs de guerre" séjournant dans des hôtels de luxe et plus attentifs au confort de leur vie qu’au destin de leur pays, de faire la paix après plusieurs jours de négociations exténuantes, menaçant de ne pas les laisser quitter la salle de réunion où ils se trouvaient si aucun accord n’avait été atteint.
 
Je me demande si aujourd’hui encore la force de ces femmes, assis sur le sol sur un terrain de football, réussira à rejoindre les palais du pouvoir. Je me demande si à Abidjan, en Côte d’Ivoire on va en parler. Les femmes libériennes y croient et continuent à prier tandis que dans le nord-est du pays, à une journée de route de Monrovia, les réfugiés continuent de traverser la frontière avec le Libéria. Ils sont en ce moment près de 40.000. Ce sont en majorité des femmes et des enfants.
 
Texte et photos d’Olga De Biaggio
Traduction de Sr Anna Pagani, ra