Méthodologie - 8 janvier 2011

fr - Violence familiale Colombie

Je vais à la rencontre de "Teresa", une jeune femme qui vit dans un secteur populaire......

 I - Les faits  :

Je vais à la rencontre de "Teresa", une jeune femme qui vit dans un secteur populaire où la violence est grande. Depuis les premières heures elle punit sa fille de 3 ans, discutant avec elle comme si elle était une adulte. Comme je l’invite à parler elle me partage en pleurant sa situation : Elle a 22 ans, est maman célibataire, y a peu été préparée, elle a suivi l’école primaire et une partie du secondaire ; elle est séparée de son compagnon – le père de la petite fille. Elle vit dans une petite pièce en location, loin de sa famille, dans des conditions très précaires, elle n’a pas de travail. Elle avait commencé à vivre avec celui qui est le père de sa fille dans l’illusion de former un foyer. Toutes ses espérances sont restées frustrées, elle dépend aujourd’hui de ce qu’il lui donne pour subvenir aux besoins de sa fille et payer le loyer. Chaque fois qu’ils se rencontrent, ce sont des disputes continuelles devant la petite. Elle est désespérée parce qu’elle ne voit pas comment sortir de cette situation et espère rencontrer un autre homme avec qui réaliser ses rêves

 II - Causes directes de la violence :

Analyse des différentes formes de pauvreté (économique, éducative/affective et familiale, sociale, culturelle) que connait la personne/le groupe considéré. Teresa est victime depuis son enfance des nombreuses violences que vivent la majorité des familles de notre pays à cause de la pauvreté. • Pauvreté éducative et affective : le manque de préparation pour affronter la vie et pour former un foyer • Insécurité familiale : familles monoparentales ou sans ressources, avec toutes les conséquences au niveau relationnel ; le climat de violence à l’intérieur des familles • Précarité économique : sans moyens suffisants pour survivre : alimentation, logement, habillement, éducation, santé, loisirs, etc. • Influence culturelle : Le machisme, la conception des relations homme/femme en même temps que l’influence des medias.

III - Causes indirectes liées aux structures nationales et internationales

Analyse des injustices générées par les structures économiques, sociales, politiques au niveau national et international 

Inégalité des chances en Colombie :

  • entre hommes et femmes : les discriminations sexuelles sont fréquentes. Dans le couple, l’homme a souvent une position dominante ; l’éducation des garçons est privilégiée à celle des filles. Une proportion importante de femmes a une faible estime de soi. o entre riches et pauvres : l’accès à une éducation de bonne qualité est plus difficile pour les enfants de familles pauvres. Par exemple la crise financière a entraîné un transfert des enfants de classes moyennes des écoles privées vers des écoles publiques ; de ce fait un certain nombre d’écoles publiques n’accueillent pas les enfants de familles pauvres, faute de place. Le rapport du Haut Commissariat des Nations Unies souligne que l’éducation est un privilège pour les ménages ayant les plus hauts revenus. Ce n’est pas un secret : il existe en Colombie de nombreux circuits éducatifs parallèles qui ne permettent pas de maintenir l’équilibre du système. C’est une « éducation pauvre pour les pauvres et une éducation privée et chère pour les riches  ». Cette situation est aggravée par le manque de paiement des salaires dans les centres publics
  • Groupes qui sont exclus des politiques sociales  : en matière de travail, logement, alimentation, habillement, éducation, santé, loisirs etc. Par exemple, 25% de la population n’a pas accès à la sécurité sociale et 40% n’a pas accès aux services de santé, trop chers. Le niveau de chômage est estimé à 11,2% en 2007 mais le nombre de femmes au chômage est plus élevé (16,8%). Les femmes ont dans une grande majorité des emplois peu qualifiés. 80% des femmes gagnent moins que le salaire minimum (200$ par mois) . L’agence des Nations Unies en Colombie a reçu des rapports alarmistes qui indiquent que certaines communautés n’ont pas une bonne alimentation, ce qui conduit à des cas de malnutrition. L’accès limité de certains groupes au logement et l’emploi précaire sont des facteurs de préoccupation.
  • Violence et violations des droits de l’homme  : On estime à 6000 le nombre d’enfants impliqués dans des guérillas, et à 35 000 ceux qui sont victimes d’exploitation sexuelle. 2,2 d’enfants travaillent plus de 15 h par semaine et 2,5 millions d’adultes travaillent dans des conditions risquées, ne respectant pas les principes de l’OIT (Organisation Internationale du Travail). Selon des chiffres de l’Unicef, 7000 enfants liés à des groupes armés irréguliers sont utilisés comme espions, comme cibles humaines, comme messagers et combattants. . Dans le rapport « Tu apprendras à ne pas pleurer’. Les enfants soldats en Colombie » on parle de 11000 à 14000 enfants. Les violences sexuelles prises comme arme de guerre entraînent les migrations aussi bien des femmes que des fillettes et des adolescentes, et concernent 52% de la population déplacée. . Entre janvier et juin 2008, l’ONG Consultoría para los Derechos Humanos y el Desplazamiento (CODHES) a enregistré 270.675 nouveaux déplacés, ce qui représente une augmentation de 41% par rapport à 2007. Colombia est le deuxième pays du monde en terme de migrations intérieures - 4,3 millions de personnes déplacées en raison de la violence en 2008
  • Les effets sociaux du trafic de drogue : la Colombie est traversée par le fléau du trafic de drogue qui finance à la fois les pouvoirs publics et les groupes insurrectionnels. La violence propagée par différents groupes hors la loi ou le gouvernement lui-même pousse les familles à des situations extrêmes. Durant ces dernières années un exode rural a été provoqué par des expropriations violentes de petits paysans aussi bien par l’armée que par les Farc et par des mouvements paramilitaires. La « Plan Colombie » a démocratisé le trafic de drogue .
  •  La répercussion des politiques menées au niveau international :
  1.  influence du modèle de société de consommation : un développement non durable, qui profite à un tout petit nombre de personnes (49,2% vivent sous le seuil de pauvreté).
  2. influence de politiques néolibérales : ces dernières années ont vu une diminution des services publics, par exemple par la privatisation du système de santé. Même si les traités de libre échange cherchent à positionner les produits colombiens dans des conditions favorables pour l’exportation, la situation qui en résulte est critique, puisque ces traités favorisent une intervention extérieure majeure dans les décisions politiques et économiques de notre pays, avec des conséquences… Ces nouveaux traités de libre échange accentuent l’impact du modèle néolibéral ouvert, et le pays qui n’en a pas les conditions sociales, économiques et politiques est empêché de chercher un développement durable, étant cantonné à être un exportateur de matières premières ; si ces traités n’intègrent pas une réglementation en faveur des pays qui en ont le plus besoin, la Colombie va voir mourir sa production industrielle qui démarre à la place d’une industrie nettement artisanale. A travers l’histoire, la Colombie a été soumise à des influences politiques et économiques externes, qui ont orienté les décisions intérieures de notre pays. De telle sorte qu’elle a été victime d’une espèce de clientélisme global où nous sommes obligés de payer pour des faveurs reçues en échange de concessions octroyées à des pays ou à des organisations internationales qui leur permettent de peser indirectement sur les décisions politiques et économiques qui nous concernent. Le néolibéralisme a aussi créé un système clientéliste à l’intérieur de tous les organes de l’Etat, ceux-ci hébergeant certaines entités privées. . Enjeux et perspectives de changement :
  •  Promouvoir des lieux de rencontre où la personne – comme Teresa - se sente appelée par son nom, reconnue dans sa dignité, où elle puisse nourrir son sens de l’espérance… en lien avec d’autres femmes qui cherchent des chemins de croissance, de libération au niveau personnel et de groupe de façon intégrale.
  • Repérer les organismes/lieux qui agissent sur les causes  : organisations, réseaux pour transformer la situation de Teresa et celle de beaucoup d’autres femmes : promouvoir des actions locales avec une incidence globale. Relecture communautaire / en groupes :
  •  Relis cette situation à la lumière de Luc 13, 10-17 ou un autre texte

 

  • Comment as-tu été enrichie par cette analyse ?
  • Choisis un cas similaire et analyse-le avec d’autres personnes en t’appuyant sur cet exemple : en recherchant les causes directes et indirectes du problème étudié.
  • Communique-le au Secrétariat JPIC en précisant s’il peut être diffusé sur la page Web

 

.Hilda Coronado PSA

Commission Justice, Paix et Intégrité de la Création de la Province Pacífico-Andina Juin 2009

 

Données sur la Colombie

(source internet : CIA world factbook)

 45 millions d’habitants (estimation 2008)

Taux d’alphabétisation : 93% de la population adulte

Espérance de vie à la naissance : 72,5 ans (68% pour les hommes, et 76 pour les femmes)

Age médian :27 ans 29% de la population a moins de 15 ans et 5,5% a plus de 65 ans.

Taux de fertilité : 2,5 enfants par femme (estimation 2008)

Taux de chômage : 11,2 % (estimations 2007)

Population sous le seuil de pauvreté : 49,2% (2005) 23% de la population travaille dans l’agriculture, 19% dans l’industrie, 58% dans les services 90% sont catholiques 32 départements et une capitale-district

Régime politique : république Président Uribe élu en 2002 et réélu en 2006. 12 partis reconnus Groupes insurrectionnels : les FARC (forces armées révolutionnaires de Colombie) et l’ELN (armée de libération nationale) Trafic de drogue qui finance à la fois les pouvoirs publics et les groupes insurrectionnels. Note complémentaire La responsabilité de l’Etat visà vis des crimes des organisations paramilitaires ”L’Etat colombien a créé, promu et financé des groupes paramilitaires, comme l’ont montré de multiples investigantions pénales, disciplinaires et administratives, qui cependant sont loin de respecter les normes internationales en matière de vérité, de justice et de réparation. Les organisations de l’ONU comme l’OEA ont clairement signalé la responsabilité étatique par action ou omission dans le développement et le consolidation des structures paramilitaires. Les chefs paramilitaires eux-mêmes ont reconnu publiquement que l’Etat colombien et ses agents les ont constamment appuyés en leur fournissant des armes, des entrainements et les ont financés afin de faire pression sur la population pour qu’elle vote en faveur des parapolitiques. La Cour interaméricaine des droits de l’homme a conduit plusieurs investigations et condamnations de l’Etat colombien pour sa responsabilité dans les massacres de l’Ara (Antioquia), de Trujillo (Valle), les 19 commerçants de Magdalena medio, le massacre de la Rochela, de Papiripan, entrre le 15 et le 20 juillet 1997 ; il a fini par ordonner la capture de 15 militaires impliqués dans le massacre de San Jose de Apartado du 21 février 2005 ; dans les assassinats de Jesús Maria Valle, du sénateur communiste Manuel Cepeda Vargas et de Miller Chacon, etc. Dans tous ces cas, il y a de manière claire une relation étroire entre l’Etat et les groupes paramilitaires pour l’éxécution de ces crimes. Comme on peut le voir, ces crimes atroces ont été et sont exécutés de façon systématique et planifiée contre certains groupes sociaux, populaires et politiques qui ont mené à bien des actions d’opposition et de revendication intégrale de leurs droits. 161 dirigeants politiques qui sont ou ont été parlementaires, gouverneurs, maires, conseillers ou députés sont mentionnés dans les dossiers de la parapolitique. 60 sont des parlementaires et 19 le furent, c’est à dire que plus de la moitié des personnes mentionnées font l’objet de poursuites de la part de la Cour suprême de justice ou de l’administration fiscale. Parmi les 32 membres du congrès détenus se trouve le sénateur Mario Uribe, le neveu du Président de la République ; Luis Alberto Gil, chef de la Convergencia Ciudadana, qui a beaucoup de pouvoir dans plusieurs régions ; Luís Humberto Gómez Gallo, un notable conservateur, Roció Arias, Mauricio Pimiento, tous de la coalition Uribiste. La détention de l’ex directeur de la DAS Jorge Noguera et du chef de l’informatique, Rafael García Torres, ainsi que d’exambassadeurs, d’anciens élus, de hauts fonctionnaires et militaires poursuivis avec un mandat d’arrêt, montrent les liens des paramilitaires avec toutes les institutions de l’Etat” . “La guerre de Colombie a incorporé depuis plus d’un an les AUC ou paramilitaires dans la confrontation entre le gouvernement et les mouvements insurrectionnels des FARC et ELNE ; le lien entre les paramilitaires et les narco-traficants et leur appui conjoint au président Uribe est bien connu. Malgré les démentis de ces groupes, l’analyse de l’activité narcoterroriste par le secrétaire d’Etat de l’EUA pour 2001-2002 attribuait l’augmentation vertigineuse du nombre des paramilitaires en 2001 (de 600 à 15 000 personnes) au passage à la clandestinité de nombreux soldats colombiens réguliers qui ne peuvent agir dans des zones démilitarisées afin de faciliter les négociations de paix.” .