Themes - 11 octobre 2010

fr - Politique européenne d’immigration et lois nationales d’extranéité.

Nous nous sommes réunies à Madrid (Espagne) du 20 au 24 janvier 2010, sous l’impulsion de la Session Internationale JPIC de Paris 2008, pour concrétiser cet appel à "créer des réseaux entre nous", les laïcs n’ayant pu se joindre à nous pour des raisons professionnelles et familiales.
Nous avons pris le temps de nous retrouver pour parler de notre Charisme par rapport aux lois européennes d’extranéité dans chacun de nos pays : nous sentons que cette réalité nous bouscule réellement dans notre Vie Religieuse qui est liée à la passion de Dieu pour son peuple. Dieu voit la souffrance de tant de personnes dans ce mouvement des peuples qui immigrent et il nous dit : "Va, je t’envoie". Nous nous souvenons d’Etienne Pernet qui a compris à Nîmes le sens du mal de l’ouvrier avec ces paroles que nous gardons dans notre cœur comme une grâce de fondation : "C’est là surtout que j’ai vu des détresses que je connaissais à peine de nom".

L’immigration est un phénomène planétaire et structurel, résultat de politiques injustes de développement au niveau international. C’est pourquoi nous nous demandons :

a) Comment comprendre le nouveau lien qui existe entre le global et le local ?
b) Au milieu de toute cette complexité, comment créer une autre façon de suivre Jésus-Christ et d’annoncer le Royaume ?

 María Segurado, mariée, mère de trois enfants, juriste à la Caritas d’Espagne, nous a donné des éléments juridiques en soulignant la dimension politique et économique des lois ; elle nous a aussi proposé une méthode de travail pour apprendre à identifier les défis auxquels nous sommes confrontés localement et à travailler avec d’autres personnes, d’autres organisations, sur le plan local, national et international.

 Dans le contexte actuel de mobilité croissante des peuples, de déplacements forcés, nous sommes toutes immergées dans des réalités multi-religieuses et pluriculturelles, nous sommes appelées à créer de nouvelles relations.

 Le Chapitre général 2005 nous disait  : « nous sommes invitées à faire un pas de plus dans l’ouverture, le dialogue et la connaissance de l’autre  », à connaître les causes et les motivations de ceux qui nous entourent, à soutenir leurs revendications pour la justice.

 Dans les différents pays où nous sommes, les lois d’extranéité qui sont mises en application par les gouvernements, sont lourdes de conséquences sur la vie des personnes et des familles immigrées : elles ont diverses implications pour la construction d’une société fraternelle, juste et cohérente, capable de protéger les plus vulnérables, d’éviter les situations d’inégalité, de ne pas nier les droits fondamentaux et de reconnaître en tout temps la dignité inhérente à tout être humain.

 Le Pape Benoît XVI, dans son encyclique Caritas in Veritate, souligne que les travailleurs immigrés «  ne doivent pas être considérés comme une marchandise ou simplement comme une force de travail. Ils ne doivent donc pas être traités comme n’importe quel autre facteur de production. Tout migrant est une personne humaine qui, en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toute circonstance » (n°62).

 La mise en commun de nos travaux préparatoires a fait ressortir une expérience concrète, réaliste et douloureuse, à l’image de ce que vivent les personnes dans nos différents pays.

 Le défi que l’immigration pose à notre société n’est pas qu’une question de légalité ou d’illégalité, ni d’intégration ou non, car les immigrés sont déjà intégrés dans les classes sociales les plus exploitées, opprimées et marginalisées ; la question est surtout de les intégrer avec des droits humains et civiques, comme tous les autres.
Nous avons eu du plaisir à avancer sur notre chemin, et nous regardons comment poursuivre nos pas grâce à une méthodologie progressive, qui implique également la construction d’un réseau de soutien entre nous.

 María Segurado nous disait : «  J’observe que vous partagez une visée commune : valoriser ce que vous vivez sur le terrain local, identifier les grandes questions qui se posent à vous ; favoriser une sensibilisation à la question des centres de détention des migrants, du regroupement familial, du déracinement social des réfugiés politiques ; comment dire quelque chose ensemble et avec d’autres ? Il est très important de choisir avec qui vous travaillez. » Cela nous conforte dans l’idée que la Congrégation est cohérente sur l’ensemble de son chemin de Justice et Paix.

 Nous remercions Franca Sessa pour sa présence en tant que coordinatrice du Secrétariat International JPIC, par son soutien et son partage sur les Orientations du Réseau Afrique Europe Foi et Justice sur le problème de la Souveraineté alimentaire, des brevets pharmaceutiques, des biocarburants, et du commerce des armes… tous sont des causes directes de l’immigration et de la pauvreté dans le monde.

 Carmen Jiménez, Provinciale d’Europe-Sud – Congo, a participé à notre rencontre et nous a exprimé sa joie ; elle a invité les deux Commissions à suivre le chemin commencé ces jours-ci.

 Cette rencontre nous pousse à donner une continuité à notre démarche, en nous retrouvant à nouveau avant le Chapitre général 2011.

« Aimez l’étranger car au pays d’Egypte, vous fûtes des étrangers »